Effectifs aux cycles supérieurs au Québec : toute la croissance vient de l’étranger (données 2023-2024)

Le constat principal : entre 2020-2021 et 2023-2024, les effectifs de maîtrise dans les universités québécoises ont progressé de 5 025 personnes. Or l’effectif canadien, lui, a reculé de 1 725 personnes sur la même période. La totalité de la croissance — et davantage — provient de l’effectif étudiant international. Source : Statistique Canada, tableau 37-10-0018-01, diffusé le 20 novembre 2025.

Cette nuance disparaît systématiquement des manchettes, parce que le total, lui, monte. Pour quiconque rédige une revue de littérature sur l’enseignement supérieur québécois, écrire « les inscriptions à la maîtrise progressent au Québec » est exact et trompeur à la fois.

Les chiffres de base

Le tableau 37-10-0018-01 de Statistique Canada porte sur les effectifs postsecondaires selon le régime d’études, le type d’établissement, le statut de l’étudiant au Canada et le genre. Les données ci-dessous concernent les universités québécoises, tous domaines confondus.

Année de référence Maîtrise Doctorat
2020-2021 77 568 18 447
2021-2022 80 496 19 287
2022-2023 81 414 19 752
2023-2024 82 593 20 133

Sur quatre années de référence, la maîtrise progresse de 6,5 % et le doctorat de 9,1 %. Rien d’alarmant en apparence. C’est en décomposant selon le statut au Canada que la mécanique apparaît.

La décomposition qui change l’interprétation

Année Maîtrise — canadiens Maîtrise — internationaux Doctorat — canadiens Doctorat — internationaux
2020-2021 63 402 14 151 10 182 8 265
2021-2022 64 590 15 903 10 419 8 865
2022-2023 62 754 18 660 10 536 9 219
2023-2024 61 677 20 916 10 560 9 573
Variation −1 725 (−2,7 %) +6 765 (+47,8 %) +378 (+3,7 %) +1 308 (+15,8 %)

Trois constats se dégagent, tous vérifiables dans la même source :

  • À la maîtrise, l’effectif canadien décroît depuis 2021-2022. Le sommet de la série est 64 590 en 2021-2022 ; on est redescendu à 61 677 deux ans plus tard.
  • Au doctorat, l’effectif international approche la parité. En 2023-2024, 9 573 des 20 133 personnes inscrites au doctorat au Québec sont des étudiants internationaux, soit 47,6 %. À la maîtrise, la proportion est de 25,3 %.
  • La croissance canadienne au doctorat est quasi nulle : +378 personnes en quatre ans, soit moins de 100 par année dans tout le réseau universitaire québécois.

Un test arithmétique confirme la lecture : −1 725 (canadiens) + 6 765 (internationaux) = +5 040, contre une variation totale publiée de +5 025. L’écart de 15 unités s’explique par l’arrondissement (voir plus bas). Les deux voies concordent.

Graphique abstrait représentant une croissance des effectifs
Le total masque deux courbes qui vont en sens contraire.

Le Québec par rapport au reste du Canada

En 2023-2024, le Canada comptait 235 557 personnes inscrites à la maîtrise et 63 519 au doctorat dans les universités. La part québécoise est donc de 35,1 % des effectifs de maîtrise et de 31,7 % des effectifs de doctorat du pays.

Ce poids mérite d’être souligné, car il dépasse nettement le poids démographique du Québec dans la fédération. Le fait le plus frappant : avec 82 593 personnes inscrites à la maîtrise, le Québec en compte davantage que l’Ontario (82 371), province pourtant beaucoup plus peuplée. La Colombie-Britannique en compte 22 404.

Répartition par domaine d’études

La comparaison maîtrise/doctorat par domaine révèle une structure que peu d’analyses relèvent.

Domaine (universités du Québec, 2023-2024) Maîtrise Doctorat
Santé et domaines connexes 19 572 1 224
Commerce, gestion et administration publique 18 696 1 017
Sciences sociales et de comportement, et droit 12 618 4 617
Architecture, génie et services connexes 9 009 3 921
Éducation 8 358 1 086
Mathématiques, informatique et sciences de l’information 4 215 1 197
Sciences physiques et de la vie, et technologies 3 330 4 209
Sciences humaines 2 373 1 341
Agriculture, ressources naturelles et conservation 1 995 555
Arts visuels et d’interprétation, et communications 1 668 684
Total (tous domaines) 82 593 20 133

Deux domaines dominent la maîtrise et s’effondrent au doctorat : la santé passe de 19 572 à 1 224 personnes (−93,7 %) et le commerce de 18 696 à 1 017 (−94,6 %). Un seul domaine s’inverse : les sciences physiques et de la vie comptent plus d’inscriptions au doctorat (4 209) qu’à la maîtrise (3 330).

L’explication n’est pas un mystère, mais elle est rarement énoncée : la maîtrise professionnelle et la maîtrise de recherche sont deux objets différents agrégés dans une même ligne statistique. Une maîtrise en administration ou en sciences infirmières mène majoritairement à la pratique, pas au doctorat. En sciences fondamentales, la maîtrise est souvent une étape vers le doctorat, d’où l’inversion. Toute analyse du « taux de poursuite au doctorat » calculé sur ces totaux est donc faussée si elle ne distingue pas les deux types de maîtrise.

Répartition selon le genre et le régime d’études

En 2023-2024, les femmes représentent 49 047 des 82 593 inscriptions à la maîtrise (59,4 %) et 10 281 des 20 133 inscriptions au doctorat (51,1 %). L’écart entre les deux cycles est réel et constant sur la série.

Le régime d’études distingue lui aussi nettement les deux cycles : à la maîtrise, 28 350 personnes sur 82 593 étudient à temps partiel, soit plus du tiers (34,3 %). Au doctorat, elles ne sont que 1 044 sur 20 133, soit 5,2 %. Autrement dit, la maîtrise québécoise est massivement compatible avec un emploi ; le doctorat ne l’est pratiquement pas.

Trois mises en garde méthodologiques

Ces chiffres sont solides, à condition de les citer correctement.

  1. La donnée la plus récente a deux ans. L’année de référence la plus récente est 2023-2024, et elle a été diffusée le 20 novembre 2025. En août 2026, il n’existe pas de donnée officielle plus fraîche dans ce tableau. Citez l’année de référence, jamais l’année de diffusion.
  2. Les comptes sont arrondis aléatoirement. Toutes les valeurs publiées ici sont des multiples de trois. Les composantes ne totalisent donc pas toujours exactement : temps plein (19 086) et temps partiel (1 044) au doctorat donnent 20 130, contre un total publié de 20 133. Ne présentez jamais un écart de quelques unités comme un résultat.
  3. Le tableau a été corrigé deux fois. Statistique Canada publie ses corrections : une en 2019 touchant les années 2015-2016 et 2016-2017 en raison d’une erreur de traitement affectant un collège ontarien, une autre le 13 janvier 2023 touchant 2008-2009. Consignez la date à laquelle vous avez extrait vos chiffres.

Un dernier point sur l’identifiant : ce tableau portait autrefois le numéro CANSIM 477-0019. Les articles publiés avant la retraite de CANSIM citent donc une référence qui ne résout plus. Cherchez par titre de tableau, jamais par ancien numéro.

Ce que ces données permettent — et ne permettent pas — d’affirmer

Elles permettent de décrire des inscriptions, par année, par cycle, par domaine, par statut. Elles ne disent rien sur la diplomation, sur la durée réelle des études, ni sur l’abandon. Ce sont des questions distinctes qui exigent d’autres tableaux, et il faut résister à la tentation de dériver un taux de réussite en divisant des diplômés d’une année par des inscrits de la même année : ce rapport n’est pas un taux de diplomation, et il est régulièrement présenté comme tel.

Si vous préparez un mémoire ou une thèse qui s’appuie sur ces séries, la rigueur de la citation compte autant que le chiffre lui-même. Structurez votre chapitre de données dans Tesify : la mise en forme des tableaux et des références reste cohérente pendant que l’analyse demeure entièrement la vôtre.

Foire aux questions

Combien de personnes sont inscrites aux cycles supérieurs au Québec ?

En 2023-2024, 82 593 à la maîtrise et 20 133 au doctorat dans les universités québécoises, selon le tableau 37-10-0018-01 de Statistique Canada.

Le Québec compte-t-il plus d’étudiants à la maîtrise que l’Ontario ?

Oui, de peu : 82 593 contre 82 371 en 2023-2024.

Quelle est la part des étudiants internationaux ?

25,3 % à la maîtrise et 47,6 % au doctorat en 2023-2024.

Les inscriptions québécoises diminuent-elles ?

Le total augmente. L’effectif canadien à la maîtrise, lui, a reculé de 63 402 à 61 677 entre 2020-2021 et 2023-2024.

Quelle proportion d’étudiants sont des femmes ?

59,4 % à la maîtrise et 51,1 % au doctorat en 2023-2024.

Peut-on étudier à temps partiel aux cycles supérieurs ?

C’est courant à la maîtrise (34,3 % de l’effectif) et rare au doctorat (5,2 %).

Quel domaine attire le plus d’inscriptions ?

La santé à la maîtrise (19 572) et les sciences sociales et le droit au doctorat (4 617).

Ces données donnent-elles un taux de diplomation ?

Non. Il s’agit d’inscriptions. Diviser des diplômés par des inscrits d’une même année ne produit pas un taux de diplomation.

Pourquoi mes totaux ne concordent-ils pas ?

À cause de l’arrondissement aléatoire. Les valeurs sont des multiples de trois et les composantes peuvent s’écarter du total de quelques unités.

Existe-t-il une donnée plus récente que 2023-2024 ?

Pas dans ce tableau au moment de la rédaction, en août 2026. La diffusion du 20 novembre 2025 porte sur l’année de référence 2023-2024.

Comment citer ce tableau ?

Nommez l’organisme, le titre du tableau, son numéro (37-10-0018-01), l’année de référence des données et la date à laquelle vous les avez consultées. C’est cette dernière qui vous protège si le tableau est révisé.

Pour un aperçu du financement disponible à ces mêmes étudiants — et de ce qui a changé en 2026 —, voyez notre analyse du financement des études supérieures au Canada. Et si la rédaction elle-même est ce qui bloque, notre article sur le chapitre que votre direction vous retourne sans cesse traite du problème de front.