Quelle application pour écrire sa thèse ? Word, LaTeX, et la vraie question qu’il faut se poser

Il est 23 h. Votre mémoire fait 180 pages, la table des matières refuse de se régénérer correctement, les figures du chapitre 4 sont numérotées 12, 13, 9, 14, et une amie vient de vous dire que « tout le monde en sciences écrit en LaTeX ». Le dépôt est dans cinq semaines.

La tentation de tout recommencer dans un autre logiciel est réelle, et c’est presque toujours la mauvaise décision. Voici pourquoi, et ce qu’il faut faire à la place.

Ce qui casse réellement dans un long document

Le problème n’est presque jamais le logiciel. Ce sont quatre mécanismes précis, et trois d’entre eux se réparent en une soirée sans rien changer d’autre.

  1. Les titres n’ont pas de styles. Si vos titres de chapitre ont été mis en gras et en 16 points à la main, le logiciel ne sait pas que ce sont des titres. La table des matières automatique n’a donc rien à collecter, le volet de navigation reste vide, et la numérotation des sections ne suit pas. C’est la cause d’au moins la moitié des catastrophes de mise en page à trois semaines du dépôt.
  2. Les figures et tableaux ne sont pas légendés par la fonction dédiée. Une légende tapée à la main sous une image est du texte ordinaire : elle ne se renumérote pas quand vous insérez une figure au milieu du chapitre, et elle n’alimente pas la liste des figures.
  3. Les renvois sont écrits en toutes lettres. « Voir la section 3.2 » tapé à la main devient faux dès que vous ajoutez une section. Un renvoi inséré comme champ se met à jour tout seul.
  4. La bibliographie est saisie manuellement. Celle-là ne se répare pas en une soirée, et c’est la seule des quatre qui justifie un vrai chantier. Un logiciel de gestion bibliographique branché sur votre traitement de texte règle le problème pour de bon.

Remarquez ce que ces quatre points ont en commun : ils décrivent la différence entre mettre en forme un document et le structurer. LaTeX force la structure ; un traitement de texte la rend seulement possible. C’est là toute la différence entre les deux mondes, et pas dans la qualité du résultat.

Deux documents comparés, l'un mis en forme à la main, l'autre structuré par des styles
À gauche, un document mis en forme. À droite, un document structuré. Seul le second se régénère.

La réparation d’une soirée, dans le logiciel que vous avez déjà

  1. Faites une copie datée du fichier avant toute intervention. Tout ce qui suit modifie l’ensemble du document.
  2. Réappliquez les styles de titre — Titre 1 pour les chapitres, Titre 2 pour les sections, Titre 3 pour les sous-sections — à chaque titre du manuscrit. Ne modifiez pas l’apparence pour l’instant : appliquez le style, c’est tout.
  3. Ajustez ensuite l’apparence en modifiant le style lui-même, jamais le texte. Changer la définition de « Titre 1 » reformate les quarante-deux titres de chapitre en une opération.
  4. Insérez la table des matières automatique. Elle se remplit instantanément, parce qu’elle a enfin quelque chose à lire.
  5. Reprenez les légendes avec la fonction d’insertion de légende, puis générez la liste des figures et la liste des tableaux.
  6. Remplacez les renvois écrits en toutes lettres par des renvois automatiques.
  7. Vérifiez les sauts de section avant de toucher à la pagination. La numérotation en chiffres romains des pages liminaires puis en chiffres arabes du corps du texte dépend entièrement d’un saut de section correctement placé.

Comptez trois à cinq heures pour un manuscrit de 180 pages. C’est nettement moins que le temps qu’il faut pour apprendre un nouveau système de composition, et le résultat est définitif : le document ne recassera plus.

Quand LaTeX est réellement le bon choix

Trois situations, et elles sont assez faciles à reconnaître.

Premièrement, quand votre manuscrit est plein d’équations. Au-delà d’une centaine de formules, la saisie et la numérotation en LaTeX sont plus rapides et plus fiables, et le rendu typographique des mathématiques est meilleur.

Deuxièmement, quand votre établissement fournit une classe officielle. C’est le cas à l’Université Laval, et le détail mérite d’être connu : la classe LaTeX ulthese permet, selon sa propre documentation, de composer des thèses et des mémoires « immédiatement conformes aux règles générales et complémentaires de présentation de la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP) de l’Université Laval ». Elle est fondée sur la classe memoir, elle est accompagnée d’un jeu complet de gabarits pour les différents types de thèses et de mémoires offerts à Laval, et sa documentation est en français.

Ce n’est pas un projet abandonné : la version 7.0a est datée du 8 juillet 2026. Elle est distribuée par CTAN, incluse dans les distributions TeX Live et MiKTeX, publiée sous licence LPPL 1.3c, et maintenue par Vincent Goulet et Pierre Lasou pour la FESP. Elle est compatible avec LuaLaTeX, XeLaTeX et pdfLaTeX, et ses auteurs indiquent qu’elle fonctionne telle quelle sur une plateforme de rédaction en ligne comme Overleaf — ce qui retire l’obstacle de l’installation locale, historiquement la première raison d’abandonner LaTeX.

Troisièmement, quand votre direction de recherche et votre laboratoire travaillent déjà en LaTeX. Vous hériterez de leurs gabarits, de leur bibliographie et de leur aide. Si personne autour de vous n’en utilise, vous serez seul avec vos messages d’erreur à trois semaines du dépôt.

En dehors de ces trois cas, la migration coûte plus qu’elle ne rapporte. Et si votre établissement n’est pas Laval, ne présumez rien : vérifiez auprès de votre faculté quel gabarit officiel existe. Les pages de l’Université de Montréal consacrées à la rédaction et au dépôt étaient inaccessibles depuis notre poste en août 2026 — plutôt que de deviner leur contenu, demandez le document directement à votre programme.

Étudiante devant un long document dont la mise en page a cédé, tard le soir
Le moment où l’on envisage de tout recommencer ailleurs est rarement le bon moment pour le faire.

Le vrai goulot d’étranglement n’est pas l’outil

Voici l’observation qui dérange : la question « quelle application pour écrire sa thèse » est presque toujours posée par quelqu’un qui n’écrit pas en ce moment. Choisir un outil est une tâche agréable, bornée et gratifiante. Rédiger la section 4.3 ne l’est pas.

Aucun logiciel ne décide de la structure de votre argument, ne choisit quels résultats vont dans le corps du texte et lesquels vont en annexe, ni ne transforme une liste de constats en un chapitre de discussion. Une réinstallation ne réglera pas non plus un chapitre qui revient corrigé pour la quatrième fois — pour cela, il faut diagnostiquer le vrai reproche, ce que nous détaillons dans comment sortir de la boucle des révisions.

Le temps est la ressource la plus contrainte d’un projet de mémoire, et les données québécoises sur la durée des parcours aux cycles supérieurs sont plus lacunaires qu’on ne le croit — notre recension sur la diplomation, la durée et l’abandon montre à quel point le chiffre que tout le monde cite n’existe pas. Ce qui est certain, c’est qu’une semaine passée à apprendre un système de composition est une semaine qui ne va pas dans le manuscrit.

Où Tesify entre — et où il n’entre pas

Tesify n’est pas un traitement de texte de plus et ne remplace ni Word ni LaTeX : votre document final se composera là où votre faculté l’exige. Ce que Tesify prend en charge, c’est l’étape d’avant, celle où la page est blanche.

  • Une structure de mémoire dès le départ — chapitres, sections et sous-sections déjà hiérarchisés, ce qui est exactement la discipline que la réparation d’une soirée ci-dessus tente de rétablir après coup.
  • Des références tenues à jour pendant que le texte grossit, plutôt qu’une bibliographie reconstruite la semaine du dépôt.
  • Un éditeur qui travaille en français, y compris sur les conventions typographiques que les outils anglophones ignorent.
  • Un forfait gratuit pour commencer, sans carte de crédit, afin de tester la structure sur un seul chapitre avant d’engager quoi que ce soit.

La règle qui gouverne tout le reste : le contenu intellectuel doit rester le vôtre et l’aide reçue doit pouvoir être déclarée. Ce que les établissements canadiens exigent précisément à ce sujet est détaillé dans notre guide sur l’utilisation de l’IA pour un mémoire, et il vaut la peine de le lire avant d’adopter n’importe quel outil, pas après.

Mémoire relié posé sur une table de bibliothèque universitaire avant le dépôt
Le jury lit un argument. L’outil qui l’a composé ne figure nulle part dans son rapport.

Commencez la structure de votre mémoire dans Tesify avec le forfait gratuit, puis composez le document final dans le gabarit de votre faculté. Les deux étapes sont distinctes, et les confondre est précisément ce qui fait perdre des semaines.

Foire aux questions

Word ou LaTeX pour un mémoire ?

Les deux produisent un manuscrit conforme. LaTeX s’impose surtout s’il y a beaucoup d’équations, si votre établissement fournit une classe officielle, ou si votre laboratoire y travaille déjà. Sinon, restez où vous êtes.

Existe-t-il un gabarit officiel pour un mémoire québécois ?

À l’Université Laval, oui : la classe LaTeX ulthese, maintenue pour la Faculté des études supérieures et postdoctorales, avec un jeu complet de gabarits par type de thèse et de mémoire. Ailleurs, demandez le gabarit à votre faculté plutôt que de présumer.

La classe ulthese est-elle encore maintenue ?

Oui. Sa version 7.0a est datée du 8 juillet 2026, elle est distribuée par CTAN et incluse dans TeX Live et MiKTeX.

Peut-on utiliser ulthese sans installer LaTeX sur son ordinateur ?

Ses auteurs indiquent qu’elle fonctionne sur une plateforme de rédaction en ligne comme Overleaf, et qu’il suffit d’installer la classe dans le projet si la version disponible n’est pas à jour.

Ma table des matières ne se met plus à jour, pourquoi ?

Parce que vos titres sont mis en forme à la main plutôt que balisés avec les styles de titre. Réappliquez Titre 1, Titre 2 et Titre 3 à tout le document et régénérez la table.

Faut-il un logiciel payant pour écrire un mémoire ?

Non. Votre université fournit généralement une suite bureautique, LaTeX et Overleaf ont des accès gratuits, et Tesify propose un forfait gratuit. Payez pour du temps gagné, pas pour un fichier.

Combien de temps faut-il pour apprendre LaTeX ?

Assez pour que ce soit une mauvaise idée à cinq semaines du dépôt, et une bonne idée au début d’un doctorat en sciences. La question est le moment, pas la difficulté.

Utiliser un outil d’IA pour rédiger, est-ce du plagiat ?

Cela dépend de ce que vous lui faites faire et de ce que votre établissement autorise. Le principe commun est que le contenu intellectuel doit être le vôtre et que l’aide reçue doit être déclarée si on vous le demande.

Est-ce que cela change quelque chose à mon taux de similitude ?

Le choix du logiciel de composition n’a aucun effet sur le taux de similitude. Ce qui compte est que chaque emprunt soit cité, et que les citations soient marquées comme telles.

Puis-je changer d’outil entre le dépôt initial et la version corrigée ?

Techniquement oui, mais les corrections demandées sont généralement ponctuelles et une migration à ce stade réintroduit des erreurs de mise en page dans un document déjà approuvé sur le fond.

Combien coûte Tesify ?

Il existe un forfait gratuit, qui suffit pour structurer un chapitre et juger sur pièces avant de payer quoi que ce soit.