Taux de diplomation, durée et abandon aux cycles supérieurs au Québec : le chiffre que vous cherchez n’existe pas

Le constat principal : il n’existe aucun tableau de Statistique Canada donnant un taux de diplomation, une durée réelle des études ou un taux d’abandon pour les programmes de maîtrise ou de doctorat, au Québec comme ailleurs au Canada. Vérification faite le 14 août 2026 sur le catalogue complet de l’organisme — 8 206 tableaux — la mesure n’y est pas.

Ce n’est pas une lacune de recherche de votre part. C’est une lacune de production statistique, et il vaut mieux le savoir avant d’écrire une phrase que votre jury vous demandera de sourcer.

Ce que Statistique Canada publie réellement

L’organisme publie des comptes de diplômés, pas des taux. Le tableau 37-10-0012-01, diffusé le 20 novembre 2025, donne le nombre de diplômés du postsecondaire selon le domaine d’études, le type de programme, le type de titre scolaire et le genre. Voici la série québécoise pour les programmes universitaires de deuxième et de troisième cycle.

Année de diplomation Maîtrise (2e cycle) Doctorat (3e cycle)
2018 21 879 2 364
2019 22 239 2 334
2020 20 553 2 169
2021 24 966 2 643
2022 23 070 2 406
2023 25 602 2 781

Trois lectures immédiates, toutes vérifiables dans la même source :

  • 2020 est un creux, pas une tendance. La maîtrise recule à 20 553 diplômes cette année-là, puis rebondit à 24 966 l’année suivante. Toute analyse qui prend 2020 comme point de départ produit une pente artificielle.
  • Le Québec décerne environ le tiers des diplômes canadiens de cycles supérieurs. En 2023, le Canada compte 80 754 diplômes de maîtrise et 9 069 de doctorat : la part québécoise est de 31,7 % et de 30,7 % respectivement.
  • Les femmes sont majoritaires à la maîtrise, à parité au doctorat. En 2023, 14 541 des 25 602 diplômes de maîtrise (56,8 %) et 1 374 des 2 781 doctorats (49,4 %) ont été décernés à des femmes.

À titre de repère, l’Ontario a décerné 32 292 diplômes de maîtrise en 2023, contre 25 602 au Québec — un écart qui contraste avec les effectifs inscrits, où le Québec dépasse l’Ontario. Retenez ce contraste : il annonce précisément le piège de la section suivante.

Pourquoi diplômés ÷ inscrits n’est pas un taux de diplomation

C’est le calcul que tout le monde fait, et il est faux pour quatre raisons cumulatives.

  1. On divise un flux par un stock. Les diplômés sont un flux annuel ; les inscrits sont un effectif observé à un instant donné. Le rapport n’a pas d’unité interprétable.
  2. Les années de référence ne coïncident pas. Les diplômés sont comptés par année civile de diplomation (2023 ici) et les effectifs par année scolaire (2023-2024 dans le tableau 37-10-0018-01). Ce ne sont pas les mêmes personnes observées au même moment.
  3. La cohorte n’est pas fermée. Des personnes entrent, sortent, changent de programme, interrompent, reprennent, ou obtiennent leur diplôme dans une autre province. Un taux de diplomation exige de suivre des individus identifiés dans le temps ; une division de deux totaux ne le fait pas.
  4. Les maîtrises professionnelles et de recherche sont agrégées. Une maîtrise professionnelle de 45 crédits et une maîtrise de recherche avec mémoire n’ont ni la même durée ni le même point d’arrivée. Les mélanger dans un dénominateur produit une moyenne qui ne décrit personne.

La conséquence pratique : si vous écrivez « environ 31 % des étudiants à la maîtrise obtiennent leur diplôme chaque année », vous avez publié un artefact arithmétique. Écrivez plutôt le compte, avec son année, et laissez le taux de côté.

Illustration abstraite d'une cohorte qui s'amenuise au fil du temps
Un taux de diplomation suit une cohorte identifiée dans le temps. Deux totaux divisés ne le font pas.

La preuve que la mesure est produisible : l’apprentissage

L’argument « c’est trop difficile à mesurer » ne tient pas, et Statistique Canada le démontre lui-même — pour un autre système d’enseignement.

Le tableau 37-10-0193-01, diffusé le 11 décembre 2025, suit les cohortes d’apprentis nouvellement inscrits et publie, pour chacune : la taille de la cohorte, la durée du programme, l’âge médian à l’inscription, puis les taux de certification, de poursuite et d’abandon — mesurés dans la durée du programme, dans 1,5 fois cette durée, et dans 2 fois cette durée — avec les durées médianes correspondantes. Voici le Québec, tous métiers confondus.

Cohorte d’inscription Taille Certification (durée du programme) Poursuite Abandon
2016 19 110 24,1 % 59,4 % 16,4 %
2018 22 530 25,4 % 55,9 % 18,6 %
2019 23 260 23,1 % 57,0 % 19,9 %
2020 18 740 21,6 % 53,2 % 25,2 %
2021 23 955 20,8 % 52,7 % 26,6 %

En élargissant la fenêtre à deux fois la durée du programme, la cohorte québécoise de 2018 atteint 40,6 % de certification, 39,9 % de poursuite et 19,5 % d’abandon, avec une durée médiane de certification de 1,9 an pour une durée de programme de 3 ans.

Deux choses méritent d’être notées. D’abord, c’est exactement la structure de mesure que les étudiants aux cycles supérieurs cherchent : une cohorte, une fenêtre temporelle explicite, trois issues qui totalisent 100 %. Ensuite, elle existe pour l’apprentissage et pas pour la maîtrise. Ce n’est pas une limite méthodologique : c’est un choix de programme statistique.

Notez aussi la dernière colonne : l’abandon dans la durée du programme passe de 16,4 % (cohorte 2016) à 26,6 % (cohorte 2021). Les cohortes les plus récentes n’ont pas encore atteint leurs fenêtres élargies, donc leurs taux ne sont pas comparables à ceux des cohortes plus anciennes. Cette mise en garde vaut pour toute donnée de cohorte, y compris celles que votre université pourrait vous fournir.

Ce qu’il faut citer à la place

Quatre substituts, du plus solide au plus fragile.

  1. Le compte de diplômés, avec son année et son numéro de tableau. « En 2023, les universités québécoises ont décerné 25 602 diplômes de maîtrise (Statistique Canada, tableau 37-10-0012-01) » est une phrase que personne ne peut contester.
  2. Le bureau de la recherche institutionnelle de votre université. Les universités suivent leurs propres cohortes pour leurs besoins de planification. Ces données ne sont pas toujours publiées, mais elles existent, et une demande motivée d’un étudiant aux cycles supérieurs aboutit plus souvent qu’on ne le croit.
  3. Les rapports annuels et les plans stratégiques des établissements. Les cibles de diplomation y figurent régulièrement, avec leur base de calcul — laquelle vaut la peine d’être lue, car elle diffère d’un établissement à l’autre.
  4. Une mesure de substitution assumée. Si vous n’avez que des comptes, dites-le : « faute d’un taux publié, nous rapportons le nombre annuel de diplômes décernés ». Une limite déclarée est un choix méthodologique ; une limite masquée est une faute.
Dépôt final d'un mémoire de maîtrise à l'université
Chaque dépôt est compté. Ce qui n’est pas compté, c’est la proportion de ceux qui y arrivent.

Et combien de mémoires sont réellement déposés ?

La réponse honnête tient en deux phrases. Le plafond est de 25 602 : c’est le nombre de diplômes de maîtrise décernés au Québec en 2023. Le nombre réel de mémoires est nécessairement plus bas, puisque les maîtrises professionnelles sans mémoire sont incluses dans ce total, et la ventilation entre maîtrise professionnelle et maîtrise de recherche n’est pas publiée dans ce tableau.

La répartition par domaine donne une intuition de l’ampleur du mélange. En 2023, au Québec, l’administration des affaires a produit 7 689 diplômes de maîtrise pour 123 doctorats, et la santé 3 945 maîtrises pour 165 doctorats ; à l’inverse, les sciences physiques et de la vie comptent 1 230 maîtrises pour 600 doctorats. Là où le rapport maîtrise/doctorat dépasse 20 pour 1, la maîtrise est majoritairement professionnelle. Là où il approche 2 pour 1, elle est majoritairement une étape vers la recherche.

Note de réconciliation : la somme des domaines donne 25 449 diplômes de maîtrise contre un total publié de 25 602. L’écart s’explique par l’arrondissement aléatoire de Statistique Canada et par les cellules non diffusées. Citez toujours le total publié, jamais votre propre somme.

Comment formuler tout cela dans un mémoire

Trois règles qui vous éviteront une correction en défense :

  1. Nommez la mesure exacte. « Nombre de diplômes décernés » et « taux de diplomation » ne sont pas interchangeables, et un jury entend la différence.
  2. Datez deux fois. L’année de référence de la donnée et la date à laquelle vous l’avez extraite. C’est la seconde qui vous protège si le tableau est révisé.
  3. Déclarez l’absence. Écrire « aucune donnée publique ne permet d’établir un taux de diplomation aux cycles supérieurs au Québec » est une contribution, pas un aveu de faiblesse — à condition de dire où vous avez cherché.

Si votre chapitre de données doit tenir ces distinctions sur cinquante pages, la cohérence de la mise en forme compte autant que la rigueur du chiffre. Structurez votre chapitre dans Tesify : les tableaux et les références restent cohérents pendant que l’analyse demeure entièrement la vôtre.

Foire aux questions

Quel est le taux de diplomation à la maîtrise au Québec ?

Il n’est pas publié. Le catalogue complet de Statistique Canada, consulté le 14 août 2026, ne contient aucun tableau donnant un taux de diplomation pour les programmes de maîtrise ou de doctorat.

Et le taux d’abandon aux cycles supérieurs ?

Pas davantage. Aucun tableau ne publie de taux d’abandon, de poursuite ou de durée médiane pour la maîtrise ou le doctorat.

Combien de diplômes de maîtrise le Québec décerne-t-il ?

25 602 en 2023, selon le tableau 37-10-0012-01, contre 80 754 pour l’ensemble du Canada.

Et de doctorats ?

2 781 au Québec en 2023, sur 9 069 au Canada.

Puis-je diviser les diplômés par les inscrits ?

Non. Vous diviseriez un flux annuel par un effectif ponctuel, avec des années de référence différentes et une cohorte non fermée. Le résultat n’est pas un taux de diplomation.

Existe-t-il une donnée de cohorte pour un autre ordre d’enseignement ?

Oui, pour l’apprentissage : le tableau 37-10-0193-01 publie des taux de certification, de poursuite et d’abandon par cohorte, dans la durée du programme et dans des fenêtres élargies.

Quelle est la durée moyenne de rédaction d’un mémoire ?

Aucune donnée officielle canadienne ne l’établit. Les durées citées dans la littérature proviennent d’enquêtes locales ou de rapports institutionnels et ne sont pas généralisables.

Le nombre de diplômés a-t-il augmenté ?

Oui sur six ans : de 21 879 à 25 602 à la maîtrise entre 2018 et 2023, avec un creux marqué en 2020.

Quelle proportion des diplômes va aux femmes ?

56,8 % des maîtrises et 49,4 % des doctorats décernés au Québec en 2023.

Pourquoi la somme des domaines ne correspond-elle pas au total ?

À cause de l’arrondissement aléatoire et des cellules non diffusées. Citez le total publié.

Où trouver une donnée de cohorte pour mon programme ?

Auprès du bureau de la recherche institutionnelle de votre université, et dans les rapports annuels de l’établissement.

Comment citer un tableau de Statistique Canada ?

Nommez l’organisme, le titre du tableau, son numéro, l’année de référence des données et la date de consultation.

Où trouver de l’aide si la rédaction bloque ?

Le problème est souvent structurel plutôt que statistique — notre article sur le chapitre que votre direction vous retourne sans cesse traite du cas le plus courant, et notre analyse du financement des études supérieures au Canada couvre la contrainte matérielle qui l’accompagne souvent.