Problématique de mémoire : six exemples rédigés par discipline (Québec, 2026)

La plupart des guides expliquent ce qu’une problématique devrait faire. Très peu en montrent une. Cette page fait l’inverse : six problématiques de mémoire rédigées au complet, une par discipline, chacune suivie d’une courte lecture qui indique le travail accompli par chaque phrase. Ensuite, les quatre mouvements qui les produisent, un gabarit à remplir et les cinq objections que votre jury soulèvera.

Lisez les exemples comme des formes, pas comme des affirmations. Chacun est un modèle structurel. Aucun ne contient d’étude réelle, de statistique réelle ni de résultat attribué à une autrice ou à un auteur existant, et aucun chiffre inventé n’y est présenté comme une donnée. Là où votre propre matériel doit venir, le texte porte un marqueur : [réf.] pour une source que vous devez fournir, [chiffre] pour un nombre que vous devez mesurer ou trouver. Une problématique dont vous ne pouvez pas sourcer les chiffres n’est pas une problématique : c’est une intuition avec une note de bas de page.

Ce que la problématique doit accomplir

La problématique n’est ni un résumé de votre sujet ni votre question de recherche. C’est le passage qui amène une lectrice ou un lecteur à admettre, avant toute donnée, que quelque chose cloche et que le savoir manquant vaut le temps de quelqu’un. Dans un mémoire de maîtrise québécois, elle se trouve habituellement à la fin de l’introduction, fait entre 150 et 400 mots, et justifie sa place en accomplissant quatre choses, dans cet ordre.

  1. Le contexte. Une ou deux phrases qui posent le terrain et disent pourquoi une personne extérieure à votre sous-domaine devrait s’y intéresser.
  2. L’acquis. Ce que les écrits ont établi — comprimé, et appuyé par des références.
  3. L’écart ou la tension. Ce qui précisément n’est pas connu, ou les deux résultats qui ne s’accordent pas. C’est la phrase pour laquelle tout le paragraphe existe.
  4. La conséquence. Ce qui découle du fait de laisser l’écart ouvert — pour la pratique, les politiques publiques, la théorie ou une population.

Sans le troisième mouvement, vous avez un résumé des écrits. Sans le quatrième, vous avez une curiosité. Les jurys remarquent les deux.

Les manuels de méthode prescrits dans les programmes québécois — l’ouvrage collectif dirigé par Benoît Gauthier étant le plus courant en sciences sociales — présentent cette progression sous d’autres noms, mais la structure reste la même.

1. Sciences de l’éducation (maîtrise, mémoire)

Les centres de services scolaires québécois ont investi de façon soutenue dans l’évaluation en cours d’apprentissage, et le fondement de cet investissement — l’idée qu’une évaluation formative soutient la progression mieux qu’une évaluation strictement sommative — est bien établi dans les écrits [réf.]. Les travaux sur la mise en œuvre portent surtout sur le primaire et sur des enseignantes et enseignants ayant choisi de participer à une formation continue [réf.]. Ce qui n’a pas été examiné, c’est la manière dont le personnel enseignant du secondaire qui n’a pas fait ce choix interprète les mêmes prescriptions, en particulier dans les matières où une épreuve ministérielle compte encore pour une part de la note finale. Les données disponibles à l’échelle d’un centre de services suggèrent que le recours déclaré aux pratiques formatives varie de [chiffre] entre les départements d’un même établissement [réf.]. Si cette variation traduit des pressions institutionnelles concurrentes plutôt que des écarts de compétence, la formation continue axée sur la compétence ne la réduira pas, et la réforme de l’évaluation continuera d’atteindre les élèves de façon inégale.

Pourquoi ça fonctionne. La tension est structurelle et non personnelle : l’étudiante a repéré deux instruments qui tirent dans des directions opposées. C’est un véritable problème de recherche plutôt qu’une plainte. La dernière phrase écarte au passage la solution évidente, ce qui rend l’étude nécessaire.

2. Sciences infirmières (maîtrise, mémoire)

Le congé de l’hôpital vers le domicile est un moment de risque reconnu pour les personnes âgées, et la planification du congé constitue une responsabilité infirmière centrale dans les établissements québécois de soins aigus. Les écrits rapportent de façon constante que les interventions structurées de planification du congé réduisent les réadmissions chez les personnes présentant une seule maladie chronique [réf.] et que la préparation perçue au moment du congé prédit le recours ultérieur aux services [réf.]. On sait beaucoup moins de choses sur les personnes qui reçoivent leur congé avec trois affections concomitantes ou plus et sans médecin de famille attitré — un groupe qui représente environ [chiffre] % des congés de l’unité étudiée. Les instruments de mesure de la préparation au congé ont été validés auprès de populations disposant d’un suivi médical de première ligne [réf.] : rien n’établit qu’ils mesurent le même construit pour les personnes sans médecin de famille. Faute de cette preuve, le personnel infirmier applique un outil de dépistage à une population pour laquelle son interprétation est inconnue, et ce sont les personnes les moins reliées au suivi qui en bénéficient le moins.

Pourquoi ça fonctionne. Le contexte tient en une phrase et porte sur la pratique, non sur la littérature. L’écart est doublement précis : une population nommée et un problème de mesure, et non « il faudrait davantage de recherche ». Le seul chiffre est marqué [chiffre] : c’est à vous de le produire à partir des données du milieu, et le jury demandera d’où il vient. La façon de nommer ce que l’étude ne peut pas établir est traitée dans notre texte sur les limites d’un mémoire en sciences infirmières.

Un entonnoir dessiné au tableau illustrant le passage du thème général au problème de recherche

3. Criminologie (maîtrise, mémoire)

Les mesures de rechange à l’incarcération occupent une place croissante dans les politiques pénales canadiennes, et l’évaluation de leur efficacité repose largement sur des indicateurs de récidive officiels [réf.]. Ces indicateurs présentent une propriété rarement discutée : ils enregistrent les contacts avec le système plutôt que les comportements, si bien qu’une surveillance accrue peut produire une hausse apparente de la récidive chez les personnes soumises à une mesure communautaire [réf.]. Les travaux québécois disponibles ne permettent pas de distinguer l’effet de la mesure de l’effet de l’intensité de surveillance qui l’accompagne, notamment parce que les deux varient ensemble d’une région à l’autre. Tant que cette confusion n’est pas démêlée, les comparaisons entre mesures reposent sur un indicateur dont la sensibilité à la surveillance n’a pas été quantifiée, et les décisions d’orientation se prennent sur une base dont on ignore la part d’artefact.

Pourquoi ça fonctionne. L’écart est un problème de mesure présenté comme tel, ce qui est souvent plus fort que « personne n’a étudié X » — formulation qui invite toujours la réponse « peut-être parce que ce n’était pas nécessaire ». Le choix du cadre théorique qui accompagnera cette problématique est traité dans notre guide sur le cadre théorique en criminologie au Québec.

4. Administration et gestion (maîtrise, mémoire)

Les organisations québécoises de taille moyenne adoptent rapidement des outils de suivi de la performance individuelle, et la recherche établit que la visibilité des indicateurs modifie le comportement des équipes [réf.]. Deux constats coexistent mal. D’une part, la rétroaction fréquente est associée à une amélioration mesurée des résultats individuels [réf.]. D’autre part, les mêmes dispositifs sont associés à une baisse des comportements de collaboration spontanée, qui ne figurent dans aucun indicateur [réf.]. L’explication habituelle — que les employés optimisent ce qui est mesuré — a été affirmée plus souvent qu’elle n’a été testée dans des milieux où les deux types de résultats sont observés simultanément. Tant que l’arbitrage n’est pas documenté dans un même milieu, les directions choisissent des indicateurs sans connaître le coût organisationnel de ce qu’elles n’ont pas mesuré.

Pourquoi ça fonctionne. C’est la version « deux résultats qui ne s’accordent pas » de l’écart, la plus solide des trois formes courantes. Remarquez la phrase qui nomme l’explication concurrente et admet qu’elle n’a pas été mise à l’épreuve : c’est elle qui transforme une énigme en étude. L’accès au terrain que cette problématique implique est traité dans notre guide sur le mémoire réalisé en entreprise.

5. Psychologie (maîtrise, mémoire)

Les mesures autorapportées de régulation émotionnelle comptent parmi les instruments les plus utilisés en psychologie clinique, et leur structure factorielle a été répliquée dans plusieurs échantillons adultes [réf.]. Deux résultats s’accordent mal. Les scores obtenus à ces mesures prédisent de façon fiable les résultats cliniques dans les échantillons en demande de traitement [réf.], alors que les mêmes scores entretiennent des liens faibles ou inconstants avec des indices comportementaux et physiologiques de régulation en laboratoire [réf.]. L’explication courante — autorapport et laboratoire mesureraient des construits distincts — a été affirmée plus souvent qu’éprouvée, et les études susceptibles de trancher ont majoritairement recouru à des échantillons d’étudiantes et d’étudiants de premier cycle, dans une seule langue de passation. On ignore donc si la divergence est une propriété du construit ou un artefact de la population interrogée, ce qui importe parce que ces instruments servent à orienter des décisions cliniques auprès de populations qui n’ont jamais participé à leur validation.

Pourquoi ça fonctionne. La question de la langue de passation est ici un véritable enjeu québécois et non un ornement local : un instrument validé en anglais et administré en français porte une hypothèse d’équivalence qui se teste. C’est un écart réel, et il est à votre portée.

6. Sciences sociales et politiques publiques (maîtrise, mémoire)

L’évaluation de programme est encadrée au Québec par des exigences formelles de reddition de comptes, et les rapports produits sont pour la plupart rendus publics [réf.]. La recherche sur l’utilisation de l’évaluation s’est surtout demandé si les constats étaient repris [réf.]. Elle s’est beaucoup moins demandé ce qu’il advient des évaluations dont les constats contredisent la justification affichée du programme, et on ne sait à peu près rien du délai entre un constat critique et une modification visible de la conception du programme. Comme les rapports d’évaluation et les documents de programme subséquents sont tous deux publics, ce délai est en principe mesurable, mais aucune étude ne l’a fait pour un ensemble défini de programmes. Tant qu’il n’est pas mesuré, les débats sur le caractère effectif ou rituel de l’évaluation reposent sur l’affirmation, et les ministères n’ont aucun repère pour juger de leur propre réactivité.

Pourquoi ça fonctionne. L’écart contient son propre argument de faisabilité : les documents sont publics, donc l’étude est réalisable. Les jurys refusent plus de projets pour des raisons de faisabilité que par manque d’intérêt, et une problématique qui devance l’objection épargne une réunion. Les sources de données publiques utilisables sont recensées dans notre guide des données statistiques québécoises.

Le gabarit à remplir

Écrivez ces cinq phrases, dans cet ordre, puis coupez.

  1. Dans [milieu ou domaine], [pratique, politique ou phénomène] est [fait établi qui en montre l’importance].
  2. La recherche a établi que [premier acquis] [réf.] et que [deuxième acquis] [réf.].
  3. Cependant, [ce qui précisément n’est pas connu, ou les deux résultats qui se contredisent], en particulier pour [population, milieu ou condition nommés].
  4. Cet écart persiste parce que [raison : accès aux données, mesure, coût, cloisonnement disciplinaire].
  5. Tant qu’il n’est pas comblé, [qui fait quoi moins bien, ou quelle décision se prend à l’aveugle].

La quatrième phrase est facultative dans certaines disciplines et décisive dans d’autres. Si votre écart est de ceux qu’un lecteur croirait déjà comblés, écrivez-la.

Cinq objections du jury, et comment y répondre

Ce que vous entendrez Ce que cela signifie La correction
« C’est un sujet, pas une problématique. » Vous avez les mouvements un et deux, pas le troisième. Écrivez la phrase qui commence par « Cependant » et faites-la porter sur un seul inconnu précis.
« Qui l’affirme ? » Une affirmation sans référence porte une partie du raisonnement. Chaque énoncé des mouvements un et deux porte une référence, ou disparaît.
« Est-ce réalisable en deux ans ? » L’écart est réel mais l’étude qu’il implique ne l’est pas. Resserrez la population ou le milieu au mouvement trois, pas l’ambition au mouvement quatre.
« Votre écart, c’est que personne ne l’a fait au Québec. » La géographie seule constitue rarement un problème de recherche. Dites ce qui, dans le contexte québécois, rend le résultat existant incertain : régime réglementaire, langue de passation, structure de financement.
« D’où vient ce chiffre ? » Une statistique est apparue sans source. Sourcez-la, ou remplacez-la par l’énoncé qualitatif que vous pouvez réellement défendre.

Ce que la problématique impose à la suite du mémoire

Le paragraphe que vous écrivez ici n’est pas décoratif : c’est une série d’engagements. Le troisième mouvement fixe vos questions de recherche, puisqu’une question qui ne traite pas l’écart annoncé se lira comme un hors-sujet. Il fixe votre population, donc votre échantillon. Il contraint votre devis, qu’il faudra ensuite défendre dans le chapitre de méthodologie. Et si votre écart concerne une population précise, il détermine ce que votre comité d’éthique voudra voir sur le recrutement et le consentement.

Écrivez la problématique avant le projet, puis relisez-la après votre recension des écrits. Si la recension ne l’a pas modifiée, c’est qu’elle n’a pas été assez large. Ce que l’intelligence artificielle peut et ne peut pas faire à cette étape est examiné dans notre analyse de la recension des écrits assistée par IA. Et si votre sujet n’est pas encore arrêté, commencez par les banques de pistes en sciences de l’éducation ou en administration des affaires.

Rédigez-la, puis faites-la vôtre

Le plus difficile dans une problématique, c’est la première version : celle qui vous permet enfin de voir ce que vous êtes en train d’affirmer. Tesify rédige à partir de vos sources et de vos notes, pour que vous ayez un texte concret à resserrer plutôt qu’une page blanche à fixer. Commencez votre mémoire avec Tesify — rédigé à 100 % par vous.

Foire aux questions

Quelle longueur doit avoir une problématique de mémoire ?

Habituellement de 150 à 400 mots, soit un à deux paragraphes. Au-delà d’une page, vous avez rédigé une recension des écrits ; en deçà d’une centaine de mots, vous avez probablement sauté la conséquence.

Où se place la problématique dans un mémoire ?

À la fin de l’introduction dans la plupart des mémoires québécois, juste avant les questions ou les objectifs de recherche. Certains programmes exigent une section distincte : vérifiez le gabarit de votre unité.

Quelle différence entre la problématique et la question de recherche ?

La problématique établit qu’un savoir manque et que ce manque importe. La question de recherche énonce ce que vous demanderez à ce sujet. Une problématique soutient généralement de deux à quatre questions.

Puis-je dire que mon problème est que personne n’a étudié cela au Québec ?

Seulement si vous pouvez expliquer en quoi le cas québécois diffère : encadrement législatif différent, population différente, langue de passation différente, mode de financement différent. « Ça n’a pas été fait ici » est l’objection la plus fréquente des jurys.

Faut-il des statistiques dans une problématique ?

Non, et une statistique sans source est pire que pas de statistique du tout. Si un chiffre renforce votre écart, sourcez-le correctement ; sinon, formulez l’énoncé qualitativement.

Combien de références doit-elle contenir ?

Assez pour que chaque affirmation portant sur l’acquis soit attribuable, ce qui donne en pratique trois à six références. La phrase de l’écart est normalement la seule sans référence — c’est précisément son rôle.

Peut-on rédiger la problématique avant la recension des écrits ?

Une première version, oui. Prévoyez de la réécrire une fois la recension terminée. Une problématique qui traverse une recension sérieuse sans changer signale généralement une recension restée à l’intérieur de ce que vous croyiez déjà.

Que faire si ma direction et le jury veulent deux problématiques différentes ?

Rédigez les deux versions au complet et apportez-les à une rencontre. Un désaccord à cette étape coûte peu ; le même désaccord après la collecte de données coûte une année.

Faut-il employer le mot « écart » ?

Vous le pouvez, sans obligation, et en abuser rend le paragraphe formulaire. Ce qui compte, c’est que l’inconnu soit assez précis pour qu’une lectrice puisse dire si vous l’avez comblé.

La problématique est-elle la même pour un essai ou un rapport de stage ?

Les quatre mouvements sont identiques ; l’échelle est plus petite. Un essai resserre généralement sur une seule population ou un seul jeu de données plutôt que sur une tension propre au champ.