Le constat : il n’existe aucune statistique provinciale sur le plagiat universitaire au Québec. Les seuls chiffres publiés établissement par établissement portent sur 2020-2021 et proviennent d’une compilation journalistique — pas d’un organisme public. Ils se comptent en centaines de dossiers par université, alors que la seule grande enquête canadienne par autodéclaration, vieille de plus de vingt ans, situait le comportement déclaré autour d’un tiers des étudiants aux cycles supérieurs.
Si vous cherchez un chiffre à citer dans une recension des écrits ou dans l’introduction d’un mémoire, cet article vous donne les deux familles de données qui existent réellement, leur date, leur source, et ce que chacune mesure exactement.
Les chiffres par établissement : 2020-2021
La compilation la plus complète pour le Québec a été réalisée par Le Soleil (Laura Lévesque, 9 septembre 2021, mise à jour le 2 mars 2023), à partir de données fournies par les établissements eux-mêmes. Elle couvre principalement les sessions d’automne 2020 et d’hiver 2021 — l’année pandémique, ce qui est à la fois sa force et sa limite.
| Établissement | Chiffre rapporté (2020-2021) | Comparaison |
|---|---|---|
| UQAM | près de 345 plaintes de plagiat | un record depuis 2016 |
| Université Concordia | 278 cas | 117 l’année précédente |
| Université Laval | 279 cas dénoncés (2019-2020) | 214 en 2016 ; données 2020-2021 non disponibles à l’époque |
| HEC Montréal | 224 personnes sanctionnées | trois fois plus qu’en 2019-2020 |
| UQTR | plus d’une centaine de cas | pour une partie des sessions seulement |
| UQO | hausse de 100 cas | par rapport à l’année précédente |
| UQAC | 58 fraudes scolaires | trois fois plus qu’en 2019-2020 |
| Université de Sherbrooke | un peu plus de 40 cas en moyenne par année | une soixantaine en 2019-2020 ; pas de hausse en 2020-2021 |
| Université Bishop’s | 39 infractions | 9 en 2019-2020, soit un quadruplement |
Trois mises en garde avant d’utiliser ce tableau.
- Les unités de compte ne sont pas les mêmes. L’UQAM rapporte des plaintes déposées, HEC Montréal des personnes sanctionnées, l’Université Laval des cas dénoncés. Une plainte n’est pas une sanction, et une même personne peut générer plusieurs dossiers. Ces colonnes ne s’additionnent pas.
- La période est atypique. 2020-2021 est l’année de l’enseignement à distance et des examens non surveillés. La hausse observée presque partout mesure au moins autant un changement de conditions d’évaluation qu’un changement de comportement.
- La donnée a cinq ans. Aucune compilation québécoise plus récente n’a été trouvée en août 2026. Si vous citez ces chiffres, datez-les explicitement.

Pourquoi ces totaux ne sont pas comparables entre eux
Parce que chaque université définit elle-même ce qui constitue une infraction, et que les définitions divergent réellement.
Le Règlement disciplinaire à l’intention des personnes étudiantes de l’Université Laval distingue deux catégories, dont la première regroupe les infractions relatives aux études. Ses articles nomment séparément, entre autres : contrefaire ou falsifier un document (art. 29) ; emprunter, paraphraser, reformuler ou résumer les idées ou l’œuvre d’autrui sans en indiquer la source, « ou toute forme de plagiat, y compris l’autoplagiat » (art. 30) ; déposer sur une plateforme de partage des documents créés par la personne responsable du cours sans autorisation (art. 30.1) ; soumettre un même travail à deux personnes responsables à leur insu respectif (art. 31) ; produire un travail contenant des données inventées (art. 32) ; modifier sans autorisation un travail déjà remis (art. 33) ; obtenir ou fournir une aide non autorisée (art. 34).
Deux conséquences directes pour l’interprétation d’un total. D’abord, l’autoplagiat — réutiliser son propre travail — est explicitement compté comme une infraction à Laval ; il ne l’est pas nécessairement ailleurs. Ensuite, le Bureau du droit d’auteur de l’Université Laval précise que « certaines de ces infractions peuvent être commises si une personne étudiante utilise un outil de l’IA sans autorisation écrite de la personne responsable du cours » : l’usage non autorisé d’un outil d’IA entre donc dans le compte, ce qui n’était pas le cas avant 2023. Sur ce que les établissements canadiens exigent réellement en la matière, voir notre guide sur l’utilisation de l’IA dans un mémoire.
À l’Université de Montréal, la structure est encore différente : deux règlements distincts coexistent, l’un pour le premier cycle et l’autre pour les cycles supérieurs. Un total institutionnel unique masque donc deux populations soumises à deux textes.
Ce qu’est un « cas », concrètement
Un chiffre de cette nature ne compte pas des actes détectés : il compte des procédures ouvertes. Le cheminement publié par l’Université de Montréal en donne la mesure exacte, en sept étapes :
- Un constat d’infraction est dressé par la personne chargée de la surveillance d’un examen ou de la correction, puis transmis au doyen ou au responsable de l’application des règlements.
- La mise en cause est envoyée à la personne étudiante avec les documents de preuve, dans un délai de 15 jours ouvrables après réception du rapport d’infraction.
- La personne étudiante dispose de 15 jours ouvrables pour transmettre ses observations écrites.
- S’il y a absence d’infraction, le dossier est fermé et l’évaluation se poursuit. Si l’infraction est admise, une sanction prévue peut être imposée.
- À la demande de la personne étudiante, une audience peut être tenue devant le doyen, son représentant, le Conseil de faculté ou un comité.
- La décision est rendue et transmise via le centre étudiant.
- Une demande de révision peut être adressée au Secrétaire général dans les 30 jours suivant l’expédition de l’avis.
Les sanctions vont de la réprimande à la reprise du travail, à la note F à l’évaluation ou au cours, à la suspension d’inscription au programme, et jusqu’à l’expulsion ou la révocation du diplôme dans les cas les plus graves. L’infraction est signalée au dossier étudiant.
Chaque étape est un point de sortie possible. C’est pourquoi un total de « dossiers » est structurellement plus petit qu’un total de comportements : il ne contient que ce qui a été remarqué, documenté et porté formellement.

L’autre famille de chiffres : ce que les étudiants déclarent eux-mêmes
La seule grande enquête canadienne par autodéclaration reste celle de Julia M. Christensen Hughes et Donald L. McCabe, « Academic Misconduct within Higher Education in Canada », Canadian Journal of Higher Education, 2006, vol. 36, n° 2, p. 1-21. Les données ont été recueillies dans 11 établissements canadiens de cinq provinces, entre janvier 2002 et mars 2003. Les répondants : 14 913 étudiants au premier cycle, 1 318 aux cycles supérieurs, 683 auxiliaires d’enseignement et 1 902 membres du corps professoral.
| Comportement déclaré (12 derniers mois) | 1er cycle | Cycles supérieurs |
|---|---|---|
| Au moins une infraction sérieuse à un examen | 18 % | 9 % |
| Au moins une infraction sérieuse dans un travail écrit | 53 % | 35 % |
| Travailler avec d’autres alors qu’un travail individuel était exigé | 45 % | 29 % |
| Copier quelques phrases d’une source écrite sans référence | 37 % | 24 % |
| Copier quelques phrases d’Internet sans référence | 35 % | 22 % |
| Obtenir questions et réponses d’une personne ayant déjà passé l’examen | 38 % | 16 % |
| Inventer ou falsifier des données de laboratoire | 25 % | 6 % |
Les perceptions comptent autant que les comportements. Chez les étudiants aux cycles supérieurs : 24 % estimaient que « la tricherie est un problème sérieux ici » ; 46 % jugeaient les sanctions élevées ou très élevées ; 77 % disaient avoir été informés des politiques, mais seulement 30 % les jugeaient efficaces, 27 % trouvaient les processus disciplinaires équitables et impartiaux, et 18 % pensaient qu’un étudiant typique signalerait une infraction observée.
Les auteurs eux-mêmes posent les limites, et il faut les reprendre si vous citez ces chiffres : les taux de réponse allaient d’environ 5 % à 25 %, les données sont autodéclarées, le sondage était accessible à quiconque disposait de l’adresse web, et la désirabilité sociale a pu conduire à une sous-déclaration. Ils notent d’ailleurs que 37 % des étudiants aux cycles supérieurs affirmaient être certains qu’un autre étudiant avait triché à un examen dans l’année, ce qui suggère une sous-estimation.

Comment citer ces données dans un mémoire
Les deux familles répondent à des questions différentes, et la faute la plus courante consiste à les faire dialoguer comme si elles mesuraient la même chose.
- Pour parler de l’application des règlements — charge administrative, effet de la pandémie, évolution d’un établissement dans le temps — utilisez les dossiers institutionnels, en nommant l’unité de compte et l’année.
- Pour parler de la prévalence des comportements, utilisez Christensen Hughes et McCabe (2006), en signalant que la collecte date de 2002-2003 et que rien d’équivalent n’a été publié depuis au Canada.
- Ne calculez pas de taux en divisant les dossiers d’une université par son effectif étudiant. Le numérateur est un compte de procédures et le dénominateur un compte de personnes inscrites ; le résultat n’a pas d’interprétation. Sur les effectifs eux-mêmes et leurs pièges de comparaison, voir notre recension des effectifs aux cycles supérieurs au Québec.
- Écrivez à votre registrariat ou à votre secrétariat général si vous avez besoin d’un chiffre récent pour votre propre établissement. Dans le réseau de l’Université du Québec, la direction des études dépose un rapport des cas de plagiat et de fraude à la commission des études à la fin de l’année universitaire : le document existe, même s’il n’est pas toujours public.
Cette prudence méthodologique est la même que celle qu’impose toute donnée québécoise sur les parcours étudiants — notre article sur la diplomation et l’abandon aux cycles supérieurs détaille pourquoi un chiffre officiel manquant ne se remplace pas par une estimation.
Et si vous cherchez ces chiffres parce que vous vous inquiétez de votre propre taux de similitude avant le dépôt, la question qui compte n’est pas statistique : elle est de savoir si chaque emprunt de votre texte est attribué. Rédigez votre mémoire dans Tesify et gardez citations et références cohérentes pendant que le contenu intellectuel reste entièrement le vôtre.
Foire aux questions
Combien de cas de plagiat par année dans une université québécoise ?
Selon la compilation du Soleil pour 2020-2021 : environ 345 plaintes à l’UQAM, 278 dossiers à Concordia, 224 personnes sanctionnées à HEC Montréal, 58 à l’UQAC, 39 à Bishop’s, et une quarantaine en moyenne à Sherbrooke.
Existe-t-il une statistique provinciale sur le plagiat ?
Non. Aucun organisme provincial ne compile ces dossiers. Chaque établissement applique son propre règlement et publie ou non ses chiffres.
Le plagiat a-t-il augmenté pendant la pandémie ?
Le nombre de dossiers a doublé ou triplé dans plusieurs établissements en 2020-2021. Cela mesure la détection et les conditions d’évaluation autant que le comportement ; l’Université de Sherbrooke fait exception, sans hausse.
Quelle proportion d’étudiants aux cycles supérieurs déclarent avoir plagié ?
35 % déclaraient au moins une infraction sérieuse dans un travail écrit et 9 % à un examen, dans l’enquête menée auprès de 1 318 étudiants aux cycles supérieurs entre janvier 2002 et mars 2003.
Ces données sont-elles encore valables en 2026 ?
Elles restent les plus récentes disponibles, ce qui est en soi un constat à mentionner. Datez-les et ne les présentez jamais comme un portrait actuel.
L’autoplagiat compte-t-il comme une infraction ?
À l’Université Laval, oui : l’article 30 du règlement disciplinaire vise « toute forme de plagiat, y compris l’autoplagiat ». Vérifiez le texte de votre propre établissement, car les définitions varient.
L’usage de l’IA entre-t-il dans ces chiffres ?
De plus en plus. Le Bureau du droit d’auteur de l’Université Laval indique que certaines infractions au règlement peuvent être commises par l’usage d’un outil d’IA sans autorisation écrite de la personne responsable du cours.
Combien de temps dure une procédure disciplinaire ?
À l’Université de Montréal, la mise en cause est envoyée dans les 15 jours ouvrables suivant le rapport d’infraction, la personne étudiante dispose de 15 jours ouvrables pour répondre, et une révision peut être demandée dans les 30 jours suivant la décision.
Peut-on perdre son diplôme pour plagiat ?
Les règlements le prévoient. À l’Université de Montréal, les sanctions vont de la réprimande jusqu’au retrait du grade et à la révocation du diplôme dans les cas les plus graves.
Puis-je additionner les chiffres des universités pour obtenir un total québécois ?
Non. Les unités de compte diffèrent — plaintes, dossiers, personnes sanctionnées — et les périodes couvertes ne sont pas identiques.
Où trouver le chiffre de mon propre établissement ?
Auprès du secrétariat général ou du registrariat. Dans le réseau de l’Université du Québec, un rapport annuel des cas est déposé à la commission des études.
