Le constat : dans les quatre universités francophones du Québec réunies, 11,2 % des travaux de recherche parus en 2024 sont en français — 1 952 sur 17 493. Mais la moyenne ne décrit aucune discipline réelle. En arts et lettres, la part du français est de 54,9 %. En physique et astronomie, elle est de 0,2 %. C’est un écart de 275 pour 1 à l’intérieur des mêmes établissements, la même année.
Autrement dit : la langue dans laquelle vous publierez n’est pas décidée par votre université. Elle est décidée par votre domaine, et l’écart entre domaines est plus grand que l’écart entre le Québec et le reste du Canada.
Les chiffres ci-dessous ont été extraits de l’interface de programmation d’OpenAlex le 23 août 2026, sans clé et sans frais. La méthode et les limites sont détaillées à la fin — lisez-les avant de citer quoi que ce soit.

Le point de départ : la recherche mondiale de 2024
| Ensemble | Travaux 2024 | Dont en français | Part |
|---|---|---|---|
| Monde | 10 742 321 | 186 085 | 1,73 % |
| Monde, en anglais | 8 448 228 | — | 78,6 % |
| Canada (au moins un auteur affilié à un établissement canadien) | 189 832 | 4 491 | 2,37 % |
Source : OpenAlex, requêtes du 23 août 2026 sur l’année de publication 2024. Le français est la sixième langue de publication mondiale en 2024, derrière l’anglais, le portugais (308 754), l’espagnol (267 622), l’allemand (245 124) et l’indonésien (189 290).
Le Canada publie donc en français à un taux (2,37 %) légèrement supérieur à la moyenne mondiale (1,73 %). C’est vrai et c’est trompeur : cette moyenne canadienne mélange McGill et l’UQAM. Il faut descendre à l’établissement.
Établissement par établissement, année 2024
| Établissement | Travaux 2024 | En français | Part du français |
|---|---|---|---|
| UQAM | 3 181 | 641 | 20,2 % |
| Université de Sherbrooke | 2 927 | 321 | 11,0 % |
| Université Laval | 5 910 | 601 | 10,2 % |
| Université de Montréal | 7 535 | 640 | 8,5 % |
| Université Concordia | 3 239 | 86 | 2,7 % |
| Université McGill | 12 426 | 150 | 1,2 % |
Source : OpenAlex, 23 août 2026. Un travail est compté pour un établissement dès qu’au moins un de ses auteurs y est affilié, ce qui explique que les totaux ne s’additionnent pas : une cosignature UdeM–McGill est comptée deux fois.
Deux lectures s’imposent. D’abord, l’UQAM publie en français dans une proportion 17 fois plus élevée que McGill, ce qui reflète moins une politique linguistique qu’une composition disciplinaire : l’UQAM est forte en sciences sociales et en arts, McGill en médecine et en sciences de la vie. Ensuite, même à l’UQAM, quatre travaux sur cinq sont en anglais. Aucun établissement québécois ne publie majoritairement en français.
Le chiffre qui compte vraiment : votre domaine
Voici la même mesure, cette fois pour les quatre universités francophones réunies (UdeM, Laval, UQAM, Sherbrooke), découpée par domaine. Les domaines de moins de 150 travaux ont été écartés pour éviter les pourcentages construits sur des effectifs minuscules.
| Domaine | Travaux 2024 | En français | Part |
|---|---|---|---|
| Arts et lettres | 426 | 234 | 54,9 % |
| Sciences sociales | 2 133 | 962 | 45,1 % |
| Professions de la santé | 696 | 187 | 26,9 % |
| Psychologie | 965 | 128 | 13,3 % |
| Gestion et comptabilité | 302 | 32 | 10,6 % |
| Économie et finance | 270 | 28 | 10,4 % |
| Informatique | 771 | 78 | 10,1 % |
| Sciences agricoles et biologiques | 607 | 50 | 8,2 % |
| Sciences de la décision | 151 | 10 | 6,6 % |
| Sciences de l’environnement | 1 071 | 36 | 3,4 % |
| Mathématiques | 188 | 6 | 3,2 % |
| Sciences de la Terre | 386 | 11 | 2,8 % |
| Médecine | 4 893 | 126 | 2,6 % |
| Neurosciences | 647 | 14 | 2,2 % |
| Immunologie et microbiologie | 244 | 5 | 2,0 % |
| Génie | 1 480 | 25 | 1,7 % |
| Science des matériaux | 266 | 2 | 0,8 % |
| Biochimie, génétique, biologie moléculaire | 1 096 | 8 | 0,7 % |
| Physique et astronomie | 436 | 1 | 0,2 % |
Source : OpenAlex, 23 août 2026, domaines assignés par le champ primary_topic.field. Total des domaines retenus : 17 493 travaux, dont 1 952 en français (11,2 %).

Ce que ces chiffres changent concrètement pour un mémoire ou une thèse
Trois conséquences pratiques, dans l’ordre où elles vous frapperont.
1. Votre recension des écrits sera presque entièrement en anglais, même en sciences sociales
Si votre domaine plafonne à 45 % de production francophone au Québec, la production mondiale de votre champ est massivement anglophone — rappelons le 1,73 % mondial. Vous lirez en anglais et vous écrirez en français, ce qui est un travail de traduction permanent que personne ne compte dans votre échéancier. La mécanique de la recension elle-même est traitée dans le guide sur la recension des écrits et ce qu’une IA y fait ou n’y fait pas.
2. La langue de dépôt et la langue de publication sont deux décisions distinctes
Rien n’oblige à faire coïncider les deux. Vous pouvez déposer un mémoire en français et publier vos articles en anglais, et c’est ce que font la plupart des chercheurs des domaines du bas du tableau. Mais si votre programme est fondé sur des articles, les deux décisions fusionnent, et il faut la prendre tôt. Le règlement applicable et le moment de la demande sont détaillés dans rédiger son mémoire en anglais au Québec.
3. En bas du tableau, publier en français est un choix qui se défend, pas un défaut
À 0,2 % en physique, un article en français n’est pas « moins bon » : il est adressé à un autre public, souvent un public professionnel ou de politique publique plutôt que la communauté internationale de recherche. Le tableau ne vous dit pas quoi faire. Il vous dit ce que fera votre lectorat par défaut, et donc ce que vous devez justifier si vous vous en écartez.
La méthode, en clair
Quatre requêtes, toutes reproductibles :
- Le total mondial et la répartition par langue pour l’année 2024, en regroupant sur le champ language.
- Le même regroupement en filtrant sur le code de pays des établissements affiliés pour le Canada.
- Pour chaque établissement, un total 2024 puis le même regroupement par langue, en filtrant sur la lignée de l’établissement (ce qui inclut ses centres et instituts rattachés).
- Pour les quatre universités francophones réunies, un regroupement par domaine, une fois sans filtre de langue et une fois avec le filtre français, puis le rapport des deux.

OpenAlex est gratuit, sans inscription et sans clé, ce qui en fait une des rares sources de ce type utilisable dans un mémoire sans passer par une bibliothèque. La carte complète des sources de données québécoises et de leurs délais d’accès est dans où trouver des données statistiques sur le Québec pour un mémoire.
Les cinq limites à citer avec le chiffre
- La langue est détectée automatiquement, pas déclarée. OpenAlex attribue une langue par analyse du texte disponible. Un article bilingue, ou un article français avec un résumé anglais, peut être classé d’un côté ou de l’autre. Traitez ces parts comme des ordres de grandeur, pas comme des recensements.
- L’affiliation n’est pas le lieu de la recherche. Un travail est rattaché à l’UdeM parce qu’un auteur y est affilié, même si la collecte s’est faite ailleurs.
- Les mémoires et les thèses sont pratiquement absents. Interrogé le même jour, OpenAlex ne recense que 98 travaux de type thèse pour l’UdeM, 44 pour Laval, 36 pour l’UQAM et 299 pour McGill — pour toute la période couverte. Ce n’est pas un registre de dépôts. Ces chiffres décrivent la publication savante, jamais le dépôt institutionnel.
- Les domaines sont assignés par algorithme. Le champ primary_topic.field est une classification automatique. Un travail interdisciplinaire est rangé dans un seul domaine.
- 2024 est une seule année. Les petits domaines bougent beaucoup d’une année à l’autre. La physique à 1 travail francophone sur 436 pourrait être à 4 sur 430 l’an prochain sans que rien n’ait changé.
Comment citer ces chiffres
Nommez la base, la date d’interrogation, l’année couverte et le filtre exact. Par exemple : OpenAlex, données interrogées le 23 août 2026, travaux de l’année de publication 2024 affiliés à l’Université du Québec à Montréal, regroupés par langue. Un jury acceptera cela; il n’acceptera pas « selon OpenAlex, 20 % de la recherche de l’UQAM est en français », sans année ni filtre.
Si vous avez besoin du contexte d’effectifs qui accompagne ces parts — combien d’étudiants, combien de professeurs, dans quels établissements — il est dans les effectifs aux cycles supérieurs au Québec et dans le rapport étudiants-professeurs aux cycles supérieurs.
Travailler dans deux langues sans y perdre trois mois
Le coût réel de ce tableau, pour vous, c’est le va-et-vient : lire en anglais, penser en français, rédiger en français, puis peut-être republier en anglais. Tesify garde le fil — la structure de votre chapitre, vos sources et leurs références formatées de manière constante — pendant que vous faites le travail que personne ne peut faire à votre place : décider ce que vous affirmez, et dans quelle langue vous l’affirmez. Le forfait gratuit suffit pour tester sur un seul chapitre.
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Foire aux questions
Quelle proportion de la recherche québécoise est publiée en français ?
Dans les quatre universités francophones réunies (UdeM, Laval, UQAM, Sherbrooke), 1 952 travaux sur 17 493 parus en 2024 sont en français, soit 11,2 %. Source : OpenAlex, interrogé le 23 août 2026.
Quelle université québécoise publie le plus en français ?
L’UQAM, avec 641 travaux francophones sur 3 181 en 2024, soit 20,2 %. Suivent Sherbrooke (11,0 %), Laval (10,2 %), l’Université de Montréal (8,5 %), Concordia (2,7 %) et McGill (1,2 %).
Dans quelles disciplines publie-t-on encore en français ?
Trois domaines dépassent le quart : les arts et lettres (54,9 %), les sciences sociales (45,1 %) et les professions de la santé (26,9 %). En dessous de 3 % se trouvent les sciences de l’environnement, les mathématiques, les sciences de la Terre, la médecine, les neurosciences, l’immunologie, le génie, la science des matériaux, la biochimie et la physique.
Quelle est la part du français dans la recherche mondiale ?
1,73 % en 2024 : 186 085 travaux sur 10 742 321. L’anglais en représente 78,6 %. Le français arrive au sixième rang mondial, derrière le portugais, l’espagnol, l’allemand et l’indonésien.
Ces chiffres incluent-ils les mémoires et les thèses ?
Non, pas de façon utilisable. OpenAlex ne recense que 98 travaux de type thèse pour l’Université de Montréal et 44 pour l’Université Laval, toutes périodes confondues. Ce n’est pas un registre de dépôts et il ne faut pas s’en servir comme tel.
La langue est-elle déclarée par l’auteur dans OpenAlex ?
Non. Elle est détectée automatiquement à partir du texte disponible. Un article bilingue ou un article français avec un résumé anglais peut être classé d’un côté ou de l’autre, ce qui fait de ces parts des ordres de grandeur plutôt que des recensements.
Pourquoi les totaux par établissement ne s’additionnent-ils pas ?
Parce qu’un travail est compté pour chaque établissement dont au moins un auteur est affilié. Une cosignature entre l’Université de Montréal et McGill apparaît dans les deux totaux.
Dois-je rédiger mon mémoire dans la langue de publication de mon domaine ?
Ce sont deux décisions distinctes. On peut déposer en français et publier en anglais, et c’est le cas le plus fréquent dans les domaines du bas du tableau. Les deux décisions ne fusionnent que dans un programme par articles.
Comment citer correctement ces données dans un mémoire ?
Nommez la base, la date d’interrogation, l’année couverte et le filtre exact, par exemple : OpenAlex, données interrogées le 23 août 2026, travaux de l’année de publication 2024 affiliés à l’UQAM, regroupés par langue. Une formulation sans année ni filtre sera refusée.
Faut-il un compte ou une clé pour interroger OpenAlex ?
Non. L’interface est publique, gratuite et sans inscription, ce qui en fait une des rares sources de ce type utilisable dans un mémoire sans passer par les services d’une bibliothèque.
Ces parts sont-elles stables d’une année à l’autre ?
Pas dans les petits domaines. La physique et astronomie compte un seul travail francophone sur 436 en 2024 : quatre l’an prochain quadrupleraient la part sans qu’aucune pratique n’ait changé. Les grands domaines comme la médecine et les sciences sociales sont beaucoup plus stables.
Le Canada publie-t-il plus en français que la moyenne mondiale ?
Oui, mais de peu : 2,37 % contre 1,73 % en 2024. Cette moyenne canadienne mélange des établissements dont les parts vont de 1,2 % à 20,2 %, ce qui la rend peu utile telle quelle.
