Le constat principal : en 2023-2024, les universités québécoises comptaient 86 619 personnes inscrites aux cycles supérieurs et 11 328 membres du corps professoral à temps plein, soit 7,65 étudiantes et étudiants de 2e et 3e cycle par professeur à temps plein. En Ontario, pour un effectif étudiant presque identique, le rapport est de 5,05.
Ce chiffre n’est publié nulle part. Il se construit à partir de deux tableaux de Statistique Canada, et la façon de le construire compte autant que le résultat. Voici les deux séries, le calcul, ses quatre limites, et la seule mesure officielle qui existe sur le temps réellement disponible.
Les deux séries officielles
Le corps professoral vient du tableau 37-10-0228-01 (Système d’information sur le personnel d’enseignement dans les universités et collèges, volet temps plein). Les effectifs viennent du tableau 37-10-0015-01, restreint aux universités et aux programmes de cycles supérieurs de 2e et de 3e cycle — la même source que notre recension des effectifs aux cycles supérieurs au Québec. Données extraites le 18 août 2026.
| Québec 2010-2011 | Québec 2023-2024 | Variation | |
|---|---|---|---|
| Inscriptions à la maîtrise | 48 765 | 66 486 | +36,3 % |
| Inscriptions au doctorat | 14 451 | 20 133 | +39,3 % |
| Total cycles supérieurs | 63 216 | 86 619 | +37,0 % |
| Corps professoral à temps plein | 9 630 | 11 328 | +17,6 % |
| Étudiants par professeur | 6,56 | 7,65 | +16,6 % |
Les effectifs de cycles supérieurs ont donc progressé un peu plus de deux fois plus vite que le corps professoral à temps plein.
La comparaison qui rend le chiffre lisible
Un rapport isolé ne veut rien dire. Voici les trois territoires pour la même année, 2023-2024.
| Inscriptions cycles supérieurs | Corps professoral à temps plein | Rapport | |
|---|---|---|---|
| Québec | 86 619 | 11 328 | 7,65 |
| Ontario | 87 939 | 17 397 | 5,05 |
| Canada | 244 617 | 48 882 | 5,00 |
C’est le contraste central de cet article. Le Québec et l’Ontario ont pratiquement le même nombre d’étudiantes et d’étudiants aux cycles supérieurs — 86 619 contre 87 939, un écart de 1,5 % — mais l’Ontario déclare 17 397 professeurs à temps plein contre 11 328 au Québec, soit 54 % de plus. Le rapport québécois est supérieur de 51 % à l’ontarien et de 53 % à la moyenne canadienne.

Un détail contre-intuitif mérite d’être noté, parce qu’il contredit l’explication la plus facile. Entre 2010-2011 et 2023-2024, le Québec a ajouté du personnel enseignant plus vite que ses voisins : +17,6 %, contre +6,7 % en Ontario et +8,7 % pour l’ensemble du Canada. L’écart québécois n’est donc pas un décrochage récent — il était déjà là en 2010-2011, où le rapport était de 6,56 au Québec contre 3,69 en Ontario. C’est une différence de structure, pas une dérive.
Quatre limites, à écrire dans votre mémoire si vous citez ce rapport
- Le tableau ne compte que le temps plein. Les chargées et chargés de cours, les personnes sous contrat et le personnel enseignant à temps partiel n’y figurent pas. Une recherche complète du catalogue de Statistique Canada le 18 août 2026 — 8 226 tableaux — ne trouve aucun tableau courant publiant leur nombre ; le tableau 37-10-0076-01 est marqué inactif. Comme le recours aux chargés de cours varie fortement d’un système universitaire à l’autre, une partie de l’écart Québec-Ontario peut venir de là, et rien dans les données publiques ne permet d’en mesurer la part.
- L’Ontario 2023-2024 est provisoire. La note 14 du tableau précise que, pour 2023-2024 et 2024-2025, l’Université de Toronto déclare ses chiffres de 2022-2023 à titre de valeur temporaire, faute d’avoir pu transmettre ses données à temps. La note 13 signale le même procédé pour l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard et Carleton en 2024-2025. Le total ontarien est donc à traiter comme provisoire.
- Les années de référence ne se recouvrent pas complètement. Le corps professoral est publié jusqu’en 2024-2025 (11 385 au Québec), les effectifs seulement jusqu’en 2023-2024. Comparez des années identiques, jamais la dernière donnée disponible de chaque série.
- Tous les inscrits n’ont pas de direction de recherche. Le dénominateur inclut les maîtrises professionnelles sans mémoire, et cette ventilation n’est pas publiée — c’est exactement le problème décrit dans notre analyse des taux de diplomation aux cycles supérieurs. Le rapport de 7,65 est donc un majorant du nombre d’étudiants par professeur, pas une charge d’encadrement.
Une précision méthodologique qui vous évitera une correction. Diviser les effectifs par le corps professoral est légitime : ce sont deux stocks observés la même année scolaire. C’est ce qui distingue ce calcul de la division « diplômés ÷ inscrits », qui rapporte un flux annuel à un effectif ponctuel et ne produit aucune quantité interprétable. Nommez la mesure « nombre d’inscrits de cycles supérieurs par membre du corps professoral à temps plein », et non « charge d’encadrement ».
La composition du corps professoral québécois, 2024-2025
Sur 11 385 personnes à temps plein la dernière année disponible :
| Rang | Effectif | Âge médian |
|---|---|---|
| Professeur titulaire | 4 998 | 57 ans |
| Professeur agrégé | 3 795 | 47 ans |
| Professeur adjoint | 2 073 | 39 ans |
| Autres rangs | 519 | 46 ans |
| Total | 11 385 | 50 ans |
Répartition selon le genre déclaré : 6 552 hommes, 4 827 femmes, 6 personnes non binaires ou de genre inconnu — soit 42,4 % de femmes. Les titulaires forment à eux seuls 43,9 % de l’effectif, avec un âge médian de 57 ans, ce qui donne une idée du renouvellement à venir.
La seule mesure officielle du temps disponible
Le rapport ci-dessus dit combien de personnes il y a. Il ne dit rien du temps. Une seule source canadienne mesure celui-ci : l’Enquête sur le personnel enseignant et les chercheurs du postsecondaire de Statistique Canada, dont les résultats sont publiés au tableau 37-10-0168-01. Il s’agit d’une enquête ponctuelle, année de référence 2019 : c’est la donnée la plus récente, et elle a sept ans. Dites-le si vous la citez.
Pour le Québec, personnel enseignant universitaire permanent n’occupant qu’un seul emploi, moyenne des heures déclarées par semaine :
| Activité | Québec | Canada |
|---|---|---|
| Enseignement en classe | 5,5 h | 6,2 h |
| Autres tâches d’enseignement | 11,3 h | 12,4 h |
| Activités de recherche | 19,2 h | 17,3 h |
| Tâches administratives | 8,9 h | 9,5 h |
| Total déclaré | 45,0 h | 45,0 h |
Voici le point à ne pas manquer, et à ne pas surinterpréter. L’encadrement des mémoires et des thèses ne constitue pas une catégorie distincte dans cette enquête : il est fondu dans les 11,3 heures d’« autres tâches d’enseignement », avec la préparation de cours, la correction, les disponibilités, l’encadrement de stages et le travail de comité pédagogique. Autrement dit, 11,3 heures est un plafond pour l’ensemble de l’enseignement hors classe, et l’encadrement n’en est qu’une part non mesurée.
Ne divisez pas ces 11,3 heures par le nombre d’étudiants. Le résultat aurait l’air d’une durée d’encadrement hebdomadaire et n’en serait pas une. Ce que la donnée établit, c’est l’ordre de grandeur de l’enveloppe totale : une semaine de 45 heures déclarée, dont l’essentiel va à la recherche et à l’administration.

Deux précisions sur cette enquête. Le personnel sous contrat déclare une semaine plus courte au Québec — 31,0 heures au total — ce qui est cohérent avec des charges partielles. Et la catégorie « professeur d’université » de cette enquête inclut les chargés de cours et le personnel à temps partiel, contrairement au tableau du corps professoral utilisé plus haut : les deux sources ne comptent pas la même population, et il ne faut pas les croiser.
Ce que ce chiffre explique, et ce qu’il n’excuse pas
Un rapport de 7,65 aide à comprendre pourquoi un chapitre revient au bout de six semaines plutôt que de six jours. Il n’explique pas tout, et il ne rend pas la situation normale.
Ce qui reste sous votre contrôle est plus important que la statistique. Une part considérable du temps d’une ronde de révision se perd sur des problèmes qui ne relèvent pas de la pensée — une structure non énoncée, des références désynchronisées, la même remarque reformulée trois fois. Notre article sur le chapitre que votre direction vous retourne sans cesse décrit le tri à faire avant d’écrire une ligne, et celui sur le choix de l’environnement de rédaction traite de la manutention documentaire qui mange le reste.
Trois habitudes qui économisent des semaines quand le temps de direction est rare :
- Envoyer moins, plus souvent. Une section accompagnée d’une note d’intention obtient une réponse plus rapide qu’un chapitre entier.
- Poser une question précise par envoi. « Est-ce la bonne question de recherche ? » et « la formulation tient-elle ? » ne demandent pas le même temps de lecture.
- Fixer la prochaine échéance dans le même courriel. Une attente bornée n’est pas la même chose qu’une attente indéterminée.
Structurez votre mémoire dans Tesify : la structure, les tableaux et les références restent cohérents entre les versions, pendant que l’analyse demeure entièrement la vôtre.
Comment citer ces chiffres
- Nommez les deux tableaux séparément. Le rapport est une construction ; il n’existe dans aucune source. Écrivez : « rapport calculé à partir des tableaux 37-10-0015-01 et 37-10-0228-01 de Statistique Canada ».
- Datez deux fois : l’année scolaire de référence (2023-2024) et la date d’extraction (18 août 2026).
- Déclarez la limite du temps plein en une phrase. Sans elle, un jury peut légitimement objecter que le dénominateur est incomplet.
Foire aux questions
Combien y a-t-il de professeurs d’université au Québec ?
11 385 membres du corps professoral à temps plein en 2024-2025, et 11 328 en 2023-2024, selon le tableau 37-10-0228-01 de Statistique Canada. Ce décompte exclut les chargés de cours et le personnel à temps partiel.
Combien d’étudiants de cycles supérieurs par professeur au Québec ?
7,65 en 2023-2024, en divisant 86 619 inscriptions universitaires de 2e et 3e cycle par 11 328 professeurs à temps plein. Ce rapport n’est publié par aucune source ; il se calcule.
Est-ce plus élevé qu’ailleurs au Canada ?
Oui. Le rapport canadien est de 5,00 et l’ontarien de 5,05 pour la même année, soit environ un tiers de moins.
Le Québec a-t-il cessé d’embaucher ?
Non, au contraire : le corps professoral québécois à temps plein a progressé de 17,6 % entre 2010-2011 et 2023-2024, contre 6,7 % en Ontario. L’écart de rapport vient d’un point de départ différent et d’une croissance étudiante plus rapide.
Les chargés de cours sont-ils comptés ?
Non. Aucun tableau courant de Statistique Canada ne publie leur nombre, ce qui est la principale limite du calcul.
Combien d’heures un professeur consacre-t-il à l’encadrement ?
La donnée n’existe pas comme telle. L’enquête de 2019 mesure 11,3 heures par semaine d’« autres tâches d’enseignement » au Québec, catégorie qui englobe la préparation, la correction, les disponibilités et l’encadrement sans les distinguer.
Cette enquête sur le temps est-elle récente ?
Non. Son année de référence est 2019 et elle est ponctuelle. C’est la plus récente disponible ; signalez sa date chaque fois que vous la citez.
Puis-je écrire que mon directeur encadre huit étudiants ?
Pas à partir de ces données. Le rapport porte sur un système entier, pas sur une personne, et les charges réelles varient énormément selon le département et le financement.
Quel est l’âge médian du corps professoral québécois ?
50 ans en 2024-2025, et 57 ans chez les professeurs titulaires, qui représentent 43,9 % de l’effectif.
Quelle est la part des femmes ?
42,4 % en 2024-2025, soit 4 827 personnes sur 11 385.
Pourquoi les chiffres ontariens sont-ils provisoires ?
Parce que l’Université de Toronto a déclaré ses données de 2022-2023 comme valeur temporaire pour 2023-2024 et 2024-2025, selon la note 14 du tableau.
Où trouver des données propres à mon université ?
Auprès du bureau de la recherche institutionnelle de votre établissement et dans son rapport annuel, où les effectifs professoraux et étudiants sont souvent publiés côte à côte.
