Statistiques sur l’utilisation de l’IA par les étudiants au Québec (2026) : trois enquêtes, trois chiffres différents

Le constat principal : il existe désormais de vrais chiffres québécois sur l’usage de l’IA générative aux études — et ils ne concordent pas. Le sondage SOM–Radio-Canada rapporte que 31 % des étudiants reconnaissent un usage interdit ; le sondage du Pôle interordres de Montréal rapporte que 6 % génèrent des textes complets. Les deux enquêtes sont sérieuses. Elles ne mesurent pas la même chose.

Si vous devez citer un de ces nombres dans la problématique d’un mémoire, la question n’est pas « lequel est le bon ». C’est « lequel répond à ma question de recherche », et c’est exactement ce que cet article vous permet de trancher.

Les trois enquêtes disponibles, avec leur périmètre exact

Enquête Qui Population Taille Terrain
Sondage SOM–Radio-Canada SOM pour Radio-Canada Étudiants québécois de plus de 16 ans (fin du secondaire, cégep, université) Plus de 600 Publié le 28 janvier 2026
Sondage du PIM Pôle interordres de Montréal, avec le soutien de l’OBVIA 8 cégeps et 3 universités de la région de Montréal 4 496 réponses (3 714 étudiants, 782 membres du corps enseignant) 31 mars au 1er mai 2025
NETendances 2025, volet IA générative Académie de la transformation numérique, Université Laval Internautes du Québec — pas seulement des étudiants 993 personnes 17 au 31 octobre 2025, publié le 19 mars 2026

Trois populations différentes, trois moments différents, trois questionnaires différents. Retenez la colonne « population » : c’est elle qui explique presque tous les écarts qui suivent.

Une étudiante universitaire travaille à l'ordinateur portable dans une bibliothèque
Trois enquêtes québécoises existent. Aucune ne mesure la même chose que les deux autres.

Ce que dit le sondage SOM–Radio-Canada

C’est le premier portrait panquébécois en profondeur du phénomène, et c’est celui qui a fait les manchettes. Ses résultats, publiés le 28 janvier 2026 :

  • Les trois quarts des étudiants sondés utilisent l’IA dans un contexte scolaire ; 60 % l’emploient régulièrement, soit de plusieurs fois par mois à plusieurs fois par jour.
  • À l’université, l’usage est quasi universel : seulement 1 % des étudiants n’y ont jamais recours, et 71 % l’emploient régulièrement.
  • 31 % reconnaissent avoir déjà utilisé l’IA d’une manière contraire à ce qui est permis par leur institution.
  • Parmi les utilisateurs d’outils comme ChatGPT, 32 % lui confient la rédaction d’une partie ou de l’ensemble de leurs travaux, et la même proportion lui demande de résumer des textes qu’ils n’ont pas lus.
  • 12 % disent avoir été accusés d’un usage jugé contraire aux règlements ; 4 % disent avoir été sanctionnés.
  • 73 % affirment n’avoir reçu aucune formation sur l’usage de l’IA dans leur parcours.
  • 46 % seulement trouvent les consignes de leurs professeurs assez ou très claires ; 47 % jugent l’encadrement institutionnel assez ou très clair, et un étudiant sur cinq ignore s’il existe un encadrement formel dans son établissement.

Trois chiffres du même sondage mesurent aussi les perceptions, et ils sont moins cités alors qu’ils expliquent le reste : 71 % estiment que l’IA met en danger l’intégrité académique, 75 % qu’elle entraîne une paresse intellectuelle, et les deux tiers jugent la fiabilité de ses réponses de moyenne à très faible. Autrement dit, l’usage massif ne s’accompagne pas d’une confiance massive.

Deux chiffres de plus éclairent la dynamique : les deux tiers des répondants estiment qu’au moins le quart de leurs collègues utilisent l’IA de manière interdite, et 63 % jugent que ceux qui l’emploient sont avantagés par rapport aux autres.

Ce que dit le sondage du PIM — et pourquoi il raconte autre chose

Du 31 mars au 1er mai 2025, une enquête coordonnée par le Pôle interordres de Montréal, avec le soutien de l’OBVIA, a recueilli 4 496 réponses anonymes dans huit cégeps et trois universités montréalaises — l’UQAM, HEC Montréal et l’Université Concordia, l’UQAM n’ayant participé qu’au volet étudiant. La coordination et l’analyse ont été confiées à Andréane Sabourin-Laflamme et Frédérick Bruneault, du Collège André-Laurendeau, et les questionnaires ont été adaptés des travaux du professeur Didier Paquelin, de l’Université Laval.

Côté étudiant, le portrait est nettement plus nuancé :

  • Les usages dominants sont comprendre un sujet (70 %), résumer des textes (62 %) et générer des idées de départ (53 %).
  • Les usages de production restent minoritaires : 12 % déclarent rédiger des paragraphes avec l’IA générative et 6 % générer des textes complets.
  • Le copier-coller de contenu généré par l’IA dans les travaux est fait « souvent » ou « très souvent » par 10 % des cégépiens et 8 % des universitaires.
  • ChatGPT domine à 93 % des utilisateurs ; les abonnements payants sont minoritaires (12 % au cégep, 33 % à l’université).
  • Chez les non-utilisateurs, le motif principal est intentionnel : 70 % veulent préserver leur capacité à apprendre et à faire leurs travaux eux-mêmes, et seulement 13 % évoquent un manque de savoir-faire.

Le rapport en tire lui-même la conclusion qui compte : ce portrait « n’élimine pas les enjeux d’intégrité, mais il contredit l’idée d’une délégation massive de l’écriture ».

Deux barres de hauteurs différentes représentant deux enquêtes divergentes
32 % contre 6 %. Les deux nombres sont exacts ; ils ne répondent pas à la même question.

Pourquoi 31 % et 6 % ne se contredisent pas vraiment

Quatre différences, toutes vérifiables dans les fiches techniques ci-dessus.

  1. La population. Le PIM couvre onze établissements de la région de Montréal ; le sondage SOM couvre tout le Québec et inclut des élèves de la fin du secondaire. Ce ne sont pas les mêmes personnes.
  2. La date. Le terrain du PIM s’est déroulé au printemps 2025, celui de SOM à la fin de 2025. Dans un domaine où NETendances a mesuré un bond de 33 % à 52 % en un an, neuf mois d’écart ne sont pas un détail.
  3. La question posée. Le PIM demande des comportements précis — « rédigez-vous des paragraphes ? » — tandis que SOM demande un jugement global : avez-vous utilisé l’IA « d’une manière contraire à ce qui est permis par votre institution ». La seconde formulation englobe bien plus que la rédaction : résumer un texte non lu, par exemple.
  4. La définition de la faute varie selon l’étudiant lui-même. C’est la clé, et le PIM la documente : 67 % des cégépiens et 56 % des universitaires considèrent que l’usage de l’IA en situation d’examen est de la tricherie, mais seulement 22 % et 17 % respectivement le pensent pour un travail remis. Quand un tiers des répondants déclare un usage « interdit », la moitié du réseau ne s’entend même pas sur ce que le mot recouvre.

Le contexte général : NETendances 2025

Pour situer les étudiants dans la population, l’Académie de la transformation numérique de l’Université Laval a interrogé 993 internautes du 17 au 31 octobre 2025. En octobre 2025, 52 % des internautes du Québec déclaraient avoir déjà utilisé un outil d’IA générative, contre 33 % l’année précédente ; la proportion monte à 71 % chez les 55 ans et moins, et 54 % des utilisateurs y recourent chaque semaine, contre 38 % un an plus tôt.

ChatGPT est utilisé par 84 % des utilisateurs d’IA générative, loin devant Copilot (29 %) et Gemini (22 %) ; 48 % n’utilisent que ChatGPT. Enfin, 63 % des internautes se disent très ou assez préoccupés par la sécurité et la confidentialité de leurs données personnelles lorsqu’ils utilisent ces outils.

La comparaison utile pour un mémoire : les étudiants adoptent l’IA nettement plus que la population générale — trois quarts contre la moitié — mais la population générale rattrape vite.

Ce qu’aucune de ces enquêtes ne dit

Trois précisions à faire figurer dans vos limites, parce qu’un jury les posera.

  • Aucun chiffre ministériel n’existe. Ces données proviennent d’un média, d’un regroupement d’établissements et d’une équipe universitaire — pas du ministère de l’Enseignement supérieur. C’est une source valable, mais ce n’est pas une statistique officielle, et il faut l’écrire ainsi.
  • Tout est déclaratif. Personne n’a observé un travail remis. Un taux d’usage interdit auto-rapporté est un plancher, pas une mesure.
  • Le taux d’usage n’est pas un taux de tricherie. Le chiffre de 76 % décrit une adoption ; celui de 31 % décrit une perception de non-conformité ; celui de 4 % décrit une sanction. Confondre les trois est l’erreur la plus fréquente dans les textes étudiants sur ce sujet — et l’écart entre les 12 % accusés et les 4 % sanctionnés est en soi un objet d’analyse plutôt qu’un détail.

Le même raisonnement s’applique ailleurs dans les données québécoises sur les cycles supérieurs : nous l’avons documenté à propos du taux de diplomation, qui n’est tout simplement pas publié.

Un carnet et un rapport imprimé posés sur un bureau pour noter la source d'une donnée
Nommez l’enquête, la population, la taille et la date du terrain. Chaque fois.

Comment citer ces chiffres dans un mémoire

Quatre règles, et une phrase modèle.

  1. Nommez l’enquête, pas le média. « Un sondage SOM mené pour Radio-Canada » vaut mieux que « Radio-Canada rapporte que ».
  2. Donnez la population et la taille. Plus de 600 étudiants québécois de plus de 16 ans, ou 3 714 étudiants de onze établissements montréalais : ce n’est pas la même portée.
  3. Datez le terrain, pas la publication. Le PIM a collecté au printemps 2025 et NETendances en octobre 2025, même si les textes sont parus en 2025 et 2026.
  4. Si vous citez deux enquêtes, expliquez l’écart. Le juxtaposer sans commentaire donne l’impression que vous ne l’avez pas vu.

Selon un sondage SOM mené pour Radio-Canada auprès de plus de 600 étudiants québécois de plus de 16 ans (publié en janvier 2026), 31 % reconnaissent avoir utilisé l’IA générative d’une manière contraire aux règles de leur établissement. Une enquête antérieure du Pôle interordres de Montréal, menée auprès de 3 714 étudiants de onze établissements montréalais au printemps 2025, rapporte des comportements de production plus rares (6 % de textes complets générés), écart qui s’explique par des populations, des périodes et des formulations différentes.

Cette phrase fait trois choses en une : elle cite, elle situe et elle désamorce la question du jury.

Et pour votre propre travail

Ces enquêtes décrivent aussi un contexte réglementaire que vous devez connaître avant de rédiger : 73 % des étudiants disent n’avoir reçu aucune formation, et moins de la moitié trouvent les consignes claires. Ce flou ne vous protège pas. Ce que les universités canadiennes exigent réellement — approbation préalable, déclaration dans le document, capacité à défendre chaque usage — est détaillé dans notre article sur l’utilisation de l’IA pour son mémoire. Quant au taux de similitude qui inquiète avant le dépôt, il relève d’une autre logique, traitée dans notre article sur les détecteurs de plagiat gratuits pour étudiants.

Si votre mémoire porte plus largement sur l’université québécoise, les effectifs aux cycles supérieurs fournissent le dénominateur que ces sondages n’ont pas.

Un chapitre de données tient autant par la cohérence de ses tableaux que par la rigueur de ses chiffres. Structurez votre chapitre dans Tesify : les tableaux et les références restent cohérents pendant que l’analyse demeure entièrement la vôtre.

Foire aux questions

Quelle proportion des étudiants québécois utilise l’IA générative ?

Les trois quarts des étudiants sondés par SOM pour Radio-Canada, et 60 % régulièrement. À l’université, 1 % seulement n’y ont jamais recours et 71 % l’emploient régulièrement.

Combien reconnaissent un usage interdit ?

31 % dans le sondage SOM–Radio-Canada publié en janvier 2026.

Combien ont été sanctionnés ?

4 % des répondants du même sondage, alors que 12 % disent avoir été accusés.

Le PIM contredit-il ce chiffre ?

Non, il mesure autre chose. Il rapporte 12 % d’étudiants rédigeant des paragraphes avec l’IA et 6 % générant des textes complets, sur une population montréalaise et à une date antérieure.

Quel outil les étudiants utilisent-ils ?

ChatGPT, à 93 % des utilisateurs étudiants selon le PIM et à 84 % des utilisateurs d’IA générative dans la population selon NETendances 2025.

Les étudiants paient-ils pour ces outils ?

Peu : 12 % au cégep et 33 % à l’université selon le PIM. Dans la population, 24 % paient ou seraient prêts à payer selon NETendances 2025.

Les étudiants font-ils confiance à l’IA ?

Non. Les deux tiers jugent la fiabilité de ses réponses de moyenne à très faible, 71 % estiment qu’elle met en danger l’intégrité académique et 75 % qu’elle entraîne une paresse intellectuelle.

Les étudiants sont-ils formés à son usage ?

Rarement : 73 % affirment n’avoir reçu aucune formation dans leur parcours.

Les consignes sont-elles claires ?

Pour une minorité. 46 % trouvent les consignes de leurs professeurs assez ou très claires, 47 % en disent autant de l’encadrement institutionnel, et un étudiant sur cinq ignore s’il existe un encadrement formel.

Combien d’internautes québécois utilisent l’IA générative ?

52 % en octobre 2025, contre 33 % l’année précédente, et 71 % chez les 55 ans et moins, selon NETendances 2025.

Existe-t-il une statistique officielle du gouvernement ?

Aucune donnée ministérielle de ce type n’a été repérée. Précisez toujours que la source est une enquête privée, universitaire ou médiatique.

Peut-on comparer ces chiffres à ceux d’autres pays ?

Avec prudence seulement. Les définitions de l’usage interdit, les systèmes d’évaluation et les périodes d’enquête diffèrent, et une comparaison internationale non ajustée est difficile à défendre devant un jury.

Quel chiffre citer si je n’en cite qu’un ?

Celui qui correspond à votre population. Pour l’université québécoise en général, le sondage SOM ; pour des comportements de rédaction précis, le PIM ; pour la population adulte, NETendances.