Où trouver des données sur la criminalité au Québec pour un mémoire en criminologie (2026)

Pour un mémoire en criminologie au Québec, les données sur la criminalité proviennent principalement de trois familles de sources : les tableaux de Statistique Canada bâtis à partir du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC), les rapports du ministère de la Sécurité publique du Québec et de la Sûreté du Québec, et les publications Juristat du Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités. Chacune répond à une question différente, et confondre les trois est l’erreur la plus fréquente en début de rédaction. Cette page complète, sans le répéter, le travail déjà fait sur le cadre théorique d’un mémoire en criminologie : là où le cadre théorique explique pourquoi un phénomène se produit, les sources ci-dessous documentent son ampleur mesurée.

L’Indice de gravité de la criminalité (IGC) : la mesure de référence

Statistique Canada publie le tableau 35-10-0026, « Indice de gravité de la criminalité et taux de classement pondéré, Canada, provinces, territoires et régions métropolitaines de recensement », activement mis à jour et couvrant les données depuis 1998. Contrairement à un simple taux de criminalité (nombre d’infractions par 100 000 habitants), l’IGC pondère chaque type d’infraction selon sa gravité relative, mesurée par la sévérité moyenne des peines imposées par les tribunaux — un meurtre pèse donc beaucoup plus lourd dans l’indice qu’un vol de bicyclette, même si les deux comptent également dans un taux brut. Pour un mémoire comparant l’évolution de la criminalité entre régions métropolitaines québécoises (Montréal, Québec, Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières), l’IGC est la mesure que la littérature en criminologie utilise par défaut, précisément parce qu’elle permet une comparaison plus fine qu’un simple dénombrement.

D’où viennent réellement ces chiffres

L’IGC et les statistiques de criminalité qui l’accompagnent sont construits à partir du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC), l’enquête que Statistique Canada mène auprès de la quasi-totalité des corps policiers canadiens, y compris la Sûreté du Québec et les corps de police municipaux du Québec. Ce détail méthodologique compte pour un mémoire : les chiffres reflètent la criminalité signalée à la police, pas la criminalité réellement commise — un écart bien documenté dans la littérature sous le nom de « chiffre noir » de la criminalité, particulièrement important pour les infractions à caractère sexuel et la violence conjugale, historiquement sous-déclarées. Un mémoire s’appuyant sur l’IGC pour discuter de la prévalence réelle d’un type de crime doit nommer cette limite explicitement plutôt que de traiter le chiffre déclaré comme équivalent au phénomène réel. Le même principe de prudence méthodologique s’applique aux données de santé pour un mémoire en sciences infirmières : une donnée administrative mesure toujours l’accès au système, pas nécessairement le phénomène sous-jacent dans son ensemble.

Comment interpréter correctement une hausse ou une baisse de l’indice

Une variation de l’IGC d’une année à l’autre ne se lit jamais isolément. Trois facteurs distincts peuvent produire la même hausse apparente : une augmentation réelle du nombre d’infractions graves, un changement dans les pratiques de signalement par la population (par exemple à la suite d’une campagne de sensibilisation sur la violence conjugale), ou une modification dans la façon dont un corps policier catégorise ou comptabilise certaines infractions. Un mémoire qui attribue une variation de l’indice à une seule cause sans avoir écarté les deux autres explications plausibles présente une interprétation incomplète. La bonne pratique consiste à croiser la variation de l’IGC avec les bulletins Juristat correspondants, qui discutent souvent explicitement des changements méthodologiques ou contextuels susceptibles d’expliquer une variation donnée.

Graphique de l'indice de gravité de la criminalité utilisé dans un mémoire en criminologie
Une variation de l’indice ne se lit jamais isolément — toujours croiser avec le bulletin Juristat correspondant.

Les publications Juristat : l’analyse déjà faite

Juristat, la série de bulletins analytiques du Centre canadien de la statistique juridique et de la sécurité des collectivités (une division de Statistique Canada), publie régulièrement des analyses thématiques — violence conjugale, criminalité chez les jeunes, victimisation, criminalité autochtone — qui vont au-delà des tableaux bruts et proposent déjà une interprétation méthodologiquement encadrée. Pour un mémoire, Juristat sert de point de départ pour situer votre question dans le débat existant avant de retourner aux tableaux bruts pour l’analyse spécifique à votre propre période ou région d’intérêt; citer uniquement les tableaux sans jamais consulter les bulletins Juristat correspondants revient à ignorer l’interprétation déjà disponible sur le même jeu de données.

Les données propres au Québec : Sûreté du Québec et ministère de la Sécurité publique

Le ministère de la Sécurité publique du Québec et la Sûreté du Québec publient leurs propres données et rapports, souvent avec un niveau de détail régional plus fin que les tableaux nationaux de Statistique Canada, particulièrement utile pour un mémoire portant sur une municipalité régionale de comté (MRC) ou une région administrative spécifique plutôt que sur une grande région métropolitaine de recensement. Ces sources provinciales et les tableaux fédéraux ne se recoupent pas toujours parfaitement dans leurs découpages géographiques ou temporels — vérifiez systématiquement que la période et le découpage territorial correspondent avant de combiner les deux dans un même tableau ou graphique. Cette même prudence sur les découpages géographiques et les définitions d’enquête s’applique aux données d’activité physique pour un mémoire en kinésiologie, où l’ECMS et l’ESCC ne donnent pas non plus le même chiffre pour une raison méthodologique similaire.

Un exemple de tableau bien construit

Source Ce qu’elle mesure Couverture géographique Fréquence
StatCan, tableau 35-10-0026 Indice de gravité de la criminalité, taux de classement pondéré Canada, provinces, RMR Annuelle
DUC (relevé sommaire, via StatCan) Infractions déclarées par la police, par catégorie Corps policiers déclarants, dont la SQ Annuelle
Juristat Analyses thématiques (violence conjugale, jeunes, victimisation) Canada, avec ventilations provinciales Variable, plusieurs bulletins par année
Ministère de la Sécurité publique du Québec / SQ Statistiques et rapports propres au Québec, parfois par région/MRC Québec, infraprovincial Variable

Un exemple concret de phrase bien sourcée

Un mémoire cite correctement une donnée de criminalité en nommant la source, le tableau ou le bulletin précis, et l’année de référence, directement dans le texte plutôt qu’en note de bas de page uniquement. Un modèle réutilisable : « Selon le tableau 35-10-0026 de Statistique Canada, l’indice de gravité de la criminalité pour la région métropolitaine de recensement de Québec s’établissait à [valeur] en [année], une variation de [x %] par rapport à [année de comparaison], que Juristat (Statistique Canada, [année]) attribue en partie à [facteur méthodologique ou contextuel cité]. » Cette structure — source précise, valeur, comparaison temporelle, interprétation attribuée — est ce que la plupart des directeurs de recherche en criminologie au Québec exigent explicitement dans un chapitre de mise en contexte statistique.

Ce que ces sources ne mesurent pas

Aucune des sources ci-dessus ne capte la criminalité non signalée, ni les infractions traitées entièrement en dehors du système de justice pénale (mesures de rechange, justice réparatrice informelle). Pour un mémoire portant spécifiquement sur la victimisation plutôt que sur la criminalité signalée, l’Enquête sociale générale sur la victimisation de Statistique Canada, menée périodiquement auprès de la population plutôt qu’à partir des dossiers policiers, est la source méthodologiquement appropriée — et elle donnera presque toujours un portrait différent, généralement plus élevé, que les statistiques policières pour les mêmes catégories d’infraction. Le choix entre les deux familles de sources doit être justifié explicitement dans votre chapitre méthodologique selon la question posée. Pour une vue d’ensemble des paliers d’accès aux données statistiques québécoises au-delà de la criminalité, voir où trouver des données statistiques sur le Québec pour un mémoire.

Situer le Québec dans le portrait canadien

Le tableau 35-10-0026 permet de comparer directement l’indice du Québec à celui des autres provinces et à la moyenne canadienne pour n’importe quelle année couverte — ne présumez jamais du sens de cet écart avant de l’avoir vérifié vous-même dans le tableau pour la période précise de votre mémoire, puisque le classement relatif des provinces peut varier d’une année à l’autre. Si votre mémoire avance une explication à un écart interprovincial observé (structure démographique, historique d’urbanisation, facteurs socioéconomiques, pratiques policières), cette explication doit s’appuyer sur une source criminologique publiée qui a étudié spécifiquement la question, et non sur une inférence personnelle à partir du chiffre seul.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Confondre taux de criminalité et indice de gravité. Ce sont deux mesures différentes répondant à des questions différentes; préciser systématiquement laquelle vous utilisez.
  • Comparer des périodes sans vérifier les révisions méthodologiques. Le DUC a connu des révisions de catégorisation au fil des décennies; une comparaison sur longue période doit vérifier que les catégories sont restées comparables.
  • Traiter un taux de classement comme un taux de résolution complet. Le taux de classement pondéré inclut les dossiers classés sans mise en accusation (par exemple lorsque le suspect est décédé); ne pas l’assimiler automatiquement à un taux de condamnation.
  • Ignorer le chiffre noir dans l’interprétation. Toute discussion de prévalence réelle doit nommer explicitement l’écart entre criminalité signalée et criminalité réelle.
  • Citer un chiffre sans préciser la date de consultation. Les tableaux de Statistique Canada sont mis à jour périodiquement; un chiffre cité sans date de consultation ne peut pas être vérifié par votre jury si le tableau a changé depuis.

Foire aux questions

Où puis-je trouver l’indice de gravité de la criminalité pour une région métropolitaine précise du Québec?

Directement dans le tableau 35-10-0026 de Statistique Canada, en filtrant par région métropolitaine de recensement (RMR) — Montréal, Québec, Gatineau, Sherbrooke et Trois-Rivières y figurent chacune séparément.

L’indice de gravité de la criminalité inclut-il la cybercriminalité?

Oui, dans la mesure où l’infraction est déclarée à la police et catégorisée selon le Code criminel; Statistique Canada publie également des analyses Juristat spécifiquement consacrées à la cybercriminalité déclarée par la police.

Puis-je comparer directement le Québec à l’Ontario avec ces données?

Oui, l’IGC est calculé de façon comparable entre provinces, ce qui en fait justement l’outil de comparaison interprovinciale standard — contrairement à certaines statistiques propres au système de justice provincial, qui ne se comparent pas toujours directement d’une province à l’autre.

Ai-je besoin d’une approbation éthique pour utiliser ces données publiques?

Non pour les tableaux agrégés publics utilisés tels quels; une approbation est généralement requise seulement si vous accédez à des microdonnées via un centre de données de recherche ou si votre mémoire combine ces statistiques avec des données de recherche primaire impliquant des personnes.

Quelle est la différence entre les données de la Sûreté du Québec et celles de Statistique Canada?

La Sûreté du Québec est l’une des sources déclarantes qui alimentent les tableaux nationaux de Statistique Canada via le DUC; ses propres rapports offrent souvent un niveau de détail régional plus fin, mais les deux proviennent en bout de ligne du même type de données policières déclarées.

Depuis quelle année les données de l’IGC sont-elles disponibles?

Le tableau 35-10-0026 de Statistique Canada couvre les données à partir de 1998, ce qui permet des comparaisons longitudinales sur plus de deux décennies, à condition de vérifier les révisions méthodologiques survenues durant cette période.

Les données municipales (par exemple pour la ville de Québec seule) sont-elles disponibles séparément de la RMR?

Généralement non dans les tableaux nationaux, qui sont ventilés par région métropolitaine de recensement plutôt que par municipalité; pour une donnée strictement municipale, il faut se tourner vers le corps de police municipal concerné ou le ministère de la Sécurité publique du Québec.

Où Tesify s’intègre

Interpréter correctement l’écart entre criminalité déclarée et criminalité réelle, et choisir la bonne mesure pour votre question précise, reste un jugement méthodologique qui relève de vous et de votre directeur de recherche. Tesify aide plutôt à organiser les tableaux et les sources multiples au fil de la rédaction, pour que chaque chiffre cité conserve sa source et son année directement dans le texte, sans perdre la trace du tableau ou du bulletin d’origine à mesure que votre revue de littérature s’étoffe.