Méthodologie du mémoire : exemple de chapitre rédigé (Québec, 2026)

Le chapitre de méthodologie est celui qui se rédige le plus vite et se corrige le plus souvent. Vite, parce que vous savez ce que vous avez fait. Souvent, parce que le savoir ne suffit pas : chaque décision doit être énoncée et justifiée, et c’est la justification qui manque dans neuf brouillons sur dix. Cette page rédige un chapitre au complet, section par section, chacune suivie d’un encadré indiquant précisément ce que le jury y cherche.

Le chapitre présenté est une forme, pas une affirmation. Il ne contient aucune étude réelle, aucune statistique réelle et aucun résultat attribué à une autrice ou à un auteur existant. [réf.] marque une source à fournir, [chiffre] un nombre à mesurer. L’étude fictive sert de fil conducteur : elle porte sur l’écart de pratique évaluative entre départements d’un même établissement secondaire.

Les huit sections, et leur ordre

# Section La question à laquelle elle répond
1 Rappel des objectifs Que cherche-t-on à établir ?
2 Devis de recherche Quelle logique d’ensemble, et pourquoi celle-là ?
3 Population et échantillon Qui, combien, choisis comment ?
4 Instruments et variables Qu’enregistre-t-on exactement ?
5 Déroulement de la collecte Que s’est-il passé, dans quel ordre, sur quelle période ?
6 Plan d’analyse Comment passe-t-on des données aux réponses ?
7 Considérations éthiques Quelles approbations, quel consentement, quelle protection ?
8 Limites méthodologiques Que ce devis ne peut-il pas établir ?

L’ordre n’est pas négociable dans la plupart des unités québécoises, parce qu’il suit la chronologie de la décision : on ne choisit pas un instrument avant d’avoir choisi une population. Vérifiez tout de même le gabarit de votre programme.

1. Rappel des objectifs

Ce chapitre expose la démarche retenue pour répondre aux trois questions posées au chapitre 1 : décrire l’ampleur de la variation des pratiques évaluatives entre les départements d’un même établissement ; déterminer quelles caractéristiques départementales sont associées à cette variation ; et comprendre comment le personnel enseignant des départements situés aux deux extrémités rend compte de cette différence dans sa propre pratique.

Ce que le jury cherche. Que les questions soient reprises telles quelles, et non reformulées. Une reformulation, même bien intentionnée, ouvre un écart entre ce que vous avez annoncé et ce que vous démontrez, et c’est la première chose qu’un membre de jury vérifie en tenant les deux chapitres ouverts. Les questions elles-mêmes doivent découler de votre problématique.

2. Devis de recherche

L’étude adopte un devis mixte séquentiel explicatif. Une première phase quantitative établit l’ampleur et la structure de la variation ; une seconde phase qualitative, dont l’échantillonnage dépend des résultats de la première, en cherche l’explication auprès des personnes concernées. Ce choix découle directement du cadre conceptuel : celui-ci postule que la prescription n’agit sur la pratique qu’à travers l’interprétation enseignante, de sorte qu’un devis purement corrélationnel serait mal spécifié et ne pourrait pas départager une différence d’interprétation d’une différence de contrainte. Un devis strictement qualitatif a été écarté : il n’aurait pas permis d’établir que la variation observée dépasse ce qu’on attendrait entre départements comparables.

Ce que le jury cherche. Une solution de rechange nommée et écartée avec sa raison. « Un devis mixte a été choisi » n’est pas une justification ; « un devis qualitatif seul n’aurait pas pu établir X » en est une. La logique du devis doit être cohérente avec votre cadre conceptuel : si une proposition du cadre affirme un chemin indirect, votre devis doit pouvoir le tester.

Un bureau avec carnet, enregistreur et ordinateur, préparé pour la collecte de données

3. Population et échantillon

La population cible est constituée du personnel enseignant du secondaire œuvrant dans des matières soumises à une épreuve externe pondérée. La population accessible se limite au personnel de [chiffre] établissements d’un même centre de services scolaire ayant accepté de participer, ce qui exclut par construction les établissements dont la direction a refusé et constitue une source de biais discutée à la section 8. Pour la phase quantitative, l’ensemble de la population accessible a été sollicité ; [chiffre] questionnaires ont été retournés, soit un taux de réponse de [chiffre] %. Pour la phase qualitative, un échantillonnage intentionnel par cas contrastés a retenu [chiffre] personnes réparties entre les départements du quartile supérieur et du quartile inférieur de la distribution obtenue en phase 1, avec une recherche de diversité selon la matière enseignée et l’ancienneté.

Ce que le jury cherche. La distinction entre population cible et population accessible, énoncée explicitement. C’est l’omission la plus fréquente et la plus coûteuse, parce qu’elle détermine à qui vos conclusions s’appliquent. Le jury cherche aussi la règle d’échantillonnage — pas seulement le nombre — et une phrase reconnaissant ce que la règle exclut.

4. Instruments et variables

La phase quantitative repose sur un questionnaire de [chiffre] items composé de trois blocs. Le premier reprend cinq activités évaluatives nommées, chacune mesurée sur une échelle de fréquence à cinq échelons portant sur les deux semaines d’enseignement précédentes ; ces cinq mesures sont conservées comme variables distinctes et ne sont pas additionnées, les activités n’étant pas interchangeables. Le deuxième bloc reprend une échelle publiée de perception des contraintes d’évaluation [réf.], administrée intégralement et cotée selon son manuel. Le troisième recueille les caractéristiques départementales et individuelles. La phase qualitative utilise un guide d’entretien semi-dirigé de sept questions ouvertes et de relances prévues, construit après l’analyse de la phase 1 et validé par deux prétests auprès de personnes n’appartenant pas à l’échantillon final.

Ce que le jury cherche. Trois choses. Que les instruments publiés soient cités et administrés intégralement — ou, s’ils sont modifiés, que la modification soit justifiée et que les propriétés psychométriques soient réétablies, car celles de la version originale ne s’y appliquent plus. Que chaque variable ait un niveau de mesure déclaré. Et que le guide d’entretien ait été prétesté, avec le nombre de prétests indiqué.

5. Déroulement de la collecte

Le questionnaire a été diffusé par voie électronique en [chiffre], avec deux rappels espacés de deux semaines. La collecte s’est déroulée sur huit semaines, entièrement à l’intérieur d’une même étape de l’année scolaire, afin que la période de référence de deux semaines ne coïncide pas avec une période d’examens pour certains répondants seulement. Les entretiens ont eu lieu dans les six semaines suivant la clôture du questionnaire, en personne ou en visioconférence selon la préférence de la personne participante, d’une durée moyenne de [chiffre] minutes, enregistrés avec consentement et transcrits intégralement.

Ce que le jury cherche. Une chronologie assez précise pour qu’un effet de période soit détectable ou explicitement écarté. La phrase sur la même étape de l’année n’est pas du remplissage : elle élimine une explication concurrente des résultats, et c’est exactement le genre de détail qui distingue un chapitre solide d’un chapitre descriptif.

6. Plan d’analyse

La phase 1 procède en trois temps : statistiques descriptives des cinq mesures de pratique par département ; calcul d’un indice de dispersion inter-départements et comparaison à la dispersion intra-département ; puis modélisation de chaque mesure de pratique en fonction des caractéristiques départementales, en tenant compte du regroupement des personnes au sein des départements. Les seuils, les hypothèses de chaque modèle et leur vérification sont précisés au chapitre 4. La phase 2 procède par analyse thématique : codage ouvert d’un premier sous-ensemble par deux personnes travaillant indépendamment, élaboration d’une grille commune, application de la grille à l’ensemble du corpus, avec calcul et rapport de l’accord inter-juges. L’intégration des deux phases se fait par mise en relation des thèmes avec la position des départements dans la distribution quantitative.

Ce que le jury cherche. Que l’analyse corresponde au niveau de mesure des variables et non à une préférence, et que le regroupement des données soit pris en compte lorsqu’il existe. Pour la partie qualitative : un deuxième codeur, une procédure de résolution des désaccords et un accord inter-juges rapporté. Et, pour un devis mixte, une phrase disant comment les deux phases se rejoignent — l’intégration est ce qui distingue un devis mixte de deux études juxtaposées.

Deux chercheuses codant conjointement des transcriptions pour l'analyse thématique du chapitre de méthodologie
Le double codage indépendant, suivi d’une grille commune, est ce que le jury vérifie en premier dans un plan d’analyse qualitatif.

7. Considérations éthiques

Le projet a reçu l’approbation du comité d’éthique de la recherche de l’établissement d’attache [réf. numéro de certificat], ainsi que l’autorisation du centre de services scolaire. La participation est volontaire et un formulaire de consentement libre et éclairé, distinct pour chaque phase, précise l’objet de l’étude, la durée, le caractère facultatif, le droit de retrait sans justification et les modalités de conservation. Aucun lien hiérarchique n’existe entre l’équipe de recherche et les personnes participantes. Les données sont conservées sur un serveur institutionnel à accès restreint ; les enregistrements sont détruits après transcription et vérification. Les résultats sont rapportés de façon agrégée, et les établissements comme les départements sont désignés par un code, la petite taille de certains départements créant un risque de réidentification que le codage seul ne supprime pas entièrement — ce risque est signalé à la section 8.

Ce que le jury cherche. Le numéro du certificat, la mention de toutes les autorisations requises — au Québec, une collecte en milieu scolaire ou en établissement de santé exige généralement plus qu’une seule approbation — et une phrase sur le risque de réidentification lorsque les unités sont petites. Une section éthique qui affirme simplement « l’anonymat est garanti » se fait reprendre, parce que le mot garanti est rarement exact.

8. Limites méthodologiques

Trois limites découlent du devis. D’abord, la participation volontaire des établissements introduit un biais de sélection dont le sens n’est pas connu : les directions ayant accepté peuvent différer systématiquement de celles ayant refusé. Ensuite, les mesures de pratique sont autorapportées et portent sur une période de deux semaines ; elles enregistrent la pratique déclarée, non la pratique observée, et l’écart entre les deux ne peut pas être estimé ici. Enfin, le devis est transversal : il établit des associations et ne permet pas d’affirmer que les caractéristiques départementales causent la variation observée, l’ordre temporel n’étant pas établi.

Ce que le jury cherche. Des limites propres à votre devis et non des généralités. « L’échantillon est petit » n’apprend rien ; « la pratique déclarée n’est pas la pratique observée et l’écart n’est pas estimable ici » montre que vous savez ce que votre instrument mesure. Chaque limite devrait nommer ce qui ne peut pas être conclu, pas seulement ce qui est imparfait. Le même principe s’applique dans tous les domaines, comme le montre notre guide sur les limites d’un mémoire en sciences infirmières.

Cinq erreurs qui font renvoyer le chapitre

  1. Décrire sans justifier. Chaque décision méthodologique a besoin d’une phrase « parce que », et de préférence d’une solution de rechange écartée.
  2. Confondre population cible et population accessible. Ce sont deux choses différentes et le jury demandera laquelle vos conclusions visent.
  3. Un instrument publié modifié en silence. Si vous retirez ou reformulez des items, les propriétés publiées ne s’appliquent plus à votre version.
  4. Un plan d’analyse absent. Annoncer « les données ont été analysées avec un logiciel » ne dit pas quelle analyse répond à quelle question.
  5. Des limites génériques. Trois limites précises valent mieux que huit formules toutes faites.

Avant de rédiger : ce qu’il faut avoir décidé

Un chapitre de méthodologie se rédige vite lorsque les décisions sont prises et lentement lorsqu’elles ne le sont pas. Avant d’ouvrir le document, vous devriez pouvoir répondre à quatre questions : quelle logique d’ensemble et contre quelle solution de rechange ; quelle population accessible et par quelle règle ; quel instrument pour quel concept, avec quel niveau de mesure ; quelles approbations et auprès de qui. Si votre mémoire se déroule en milieu organisationnel, l’accès et l’éthique se négocient très en amont : voyez notre guide du mémoire réalisé en entreprise. Et si votre étude repose sur des données existantes plutôt que sur une collecte, les sources disponibles au Québec déterminent une partie de ces réponses — voyez où trouver des données statistiques québécoises et, en santé, les cinq sources à ne pas confondre.

Rédigez le chapitre à partir de vos décisions

Tesify rédige le chapitre de méthodologie à partir de vos propres choix de devis, d’échantillon et d’analyse, justifications comprises, pour que la première version soit discutable plutôt que vide. Commencez votre mémoire avec Tesify — rédigé à 100 % par vous.

Foire aux questions

Quelle longueur doit avoir le chapitre de méthodologie ?

Généralement de 15 à 30 pages dans un mémoire de maîtrise québécois, selon la complexité du devis. Comptez plutôt les sections que les pages : les huit doivent y être.

À quel temps verbal rédige-t-on ce chapitre ?

Au passé pour ce qui a été fait, au présent pour ce que le chapitre lui-même expose. Le futur n’a sa place que dans le projet, pas dans le mémoire déposé.

Faut-il justifier chaque choix méthodologique ?

Oui, et la justification la plus efficace nomme la solution de rechange écartée. C’est aussi ce qui vous évite d’improviser la réponse en soutenance.

Où placer le guide d’entretien ou le questionnaire ?

En annexe, avec un renvoi explicite dans la section des instruments. Le corps du chapitre décrit la structure ; l’annexe donne le matériel intégral.

Que faire si la collecte ne s’est pas déroulée comme prévu ?

Le rapporter dans la section du déroulement, avec ce qui a été fait en conséquence. Un écart documenté est une information méthodologique ; un écart passé sous silence est un problème d’intégrité.

Faut-il un deuxième codeur en analyse qualitative ?

C’est fortement attendu dès qu’une variable ou un thème résulte d’un jugement humain, et l’accord inter-juges se rapporte. À défaut, expliquez quelle autre procédure de crédibilité a été employée.

Le numéro de certificat éthique doit-il figurer au mémoire ?

Oui, dans la section éthique, avec le nom du comité. Mentionnez aussi toute autorisation additionnelle : milieu scolaire, établissement de santé, organisme.

Quelle différence entre limites et délimitations ?

Les délimitations sont les frontières que vous avez choisies ; les limites sont les contraintes que vous avez subies. Les premières se justifient, les secondes se reconnaissent.

Puis-je changer de devis en cours de route ?

Oui, si le comité d’éthique est informé lorsque le changement touche la collecte, et si le chapitre rapporte le changement et sa raison plutôt que de présenter le devis final comme s’il avait toujours été prévu.

Faut-il citer des manuels de méthode ?

Pour les choix non évidents, oui : le devis, la règle d’échantillonnage, la procédure d’analyse. Une citation par décision importante suffit ; un chapitre saturé de renvois aux manuels se lit comme un cours plutôt que comme une démarche.